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Les personnes âgées atteintes de démence sont plus susceptibles d’être hospitalisées et passent plus de temps à l’urgence

Selon une analyse de l’ICIS, les personnes âgées atteintes de démence passent plus de temps à l’urgence, affichent des taux d’hospitalisations plus élevés et courent davantage le risque de subir des préjudices à l’hôpital que les autres Canadiens de 65 ans et plus.

« Les systèmes de santé ne délaissent pas les personnes atteintes de démence, mais ils oublient de planifier la prise en charge de ces personnes dans les situations inévitables où elles voient augmenter leurs besoins en ressources, en plus d’avoir parfois des problèmes comportementaux aigus », explique le Dr Barry Campbell, directeur médical du service de psychiatrie gériatrique de l’Hôpital Saint-Boniface de Winnipeg.

 

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Les personnes âgées atteintes de démence ont passé 2,5 heures de plus à l’urgence que celles qui n’en étaient pas atteintes

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Les taux d’hospitalisations sont 65 % plus élevés chez les personnes âgées atteintes de démence que chez celles qui n’en sont pas atteintes

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Les personnes âgées de 65 à 79 ans atteintes de démence restent 2 fois plus longtemps à l’hôpital que celles qui n’en sont pas atteintes

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Les personnes âgées atteintes de démence sont 1,5 fois plus nombreuses à subir des préjudices à l’hôpital que celles qui n’en sont pas atteintes

 

Séjours plus longs à l’urgence

Les personnes âgées atteintes de démence — en particulier les plus jeunes — ont passé plus de temps dans les services d’urgence canadiens en 2015-2016 que les personnes âgées qui n’ont pas cette maladie.

À leur arrivée au service d’urgence, les personnes âgées atteintes de démence ont attendu aussi longtemps que celles qui n’en étaient pas atteintes pour l’évaluation initiale du médecin (1,1 heure). Toutefois, au total, elles ont passé 2,5 heures de plus à l’urgence que les personnes âgées qui n’étaient pas atteintes de démence (6,2 heures contre 3,7 heures, respectivement). Cet écart est moins marqué chez les personnes plus âgées. L’évaluation des personnes âgées atteintes de démence n’est pas une tâche facile, car celles-ci peuvent être incapables de fournir des renseignements exacts en raison de leur maladie, ce qui peut retarder l’établissement d’un diagnostic. Elles peuvent également nécessiter des examens complémentaires et un suivi en raison de leur affection, notamment des services gériatriques en milieu communautaire, des services de soutien et des services à domicile formels.

Les personnes âgées atteintes de démence restent plus longtemps à l’urgence

Chez les 65-79 ans, les personnes avec démence ont passé 2,4 h de + à l’urgence que celles sans démence (5,7 vs 3,3 h). L’écart s’atténue avec l’âge. Chez les 80 ans et +, les personnes avec démence ont attendu 2 h de + que celles sans démence (6,4 vs 4,4 h).

Durée médiane du séjour à l’urgence, 2015-2016

Les personnes âgées atteintes de démence restent plus longtemps à l’urgence que les autres personnes âgées. Les personnes de 65 à 79 ans atteintes de démence ont attendu 2,4 heures de plus que les personnes du même âge qui n’en sont pas atteintes (5,7 et 3,3 heures, respectivement). Cet écart s’atténue chez les plus âgés. En effet, chez les 80 ans et plus, les personnes atteintes de démence ont attendu environ 2 heures de plus que celles qui n’en sont pas atteintes (6,4 et 4,4 heures, respectivement).

Source
Système national d’information sur les soins ambulatoires, 2015-2016, Institut canadien d’information sur la santé.

En Ontario et en Alberta, une personne âgée atteinte de démence sur 4 a effectué au moins une visite à l’urgence en 2015. Ce ratio est moins élevé que celui des personnes âgées ne souffrant de démence, qui se chiffrait à 1 sur 3. Cette plus faible proportion est attribuable au fait qu’environ 39 % des personnes âgées atteintes de démence vivent dans un établissement de soins de longue durée ou un centre de soins infirmiers et qu’elles y reçoivent peut-être une partie des soins médicaux dont elles ont besoin.

Ces visites à l’urgence étaient rarement attribuables à la démence même; elles étaient plutôt dues à une blessure, une pneumonie, une infection des voies urinaires, une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), une insuffisance cardiaque ou une douleur générale.

Dans l’ensemble, 82 % des personnes âgées atteintes de démence étaient considérées comme un cas grave et nécessitaient des soins d’urgence (niveau 1, 2 ou 3 de l’Échelle canadienne de triage et de gravité), comparativement à 70 % des personnes âgées qui n’avaient pas cette maladie. Qui plus est, 43 % d’entre elles ont été hospitalisées en soins de courte durée, par rapport à 21 % des personnes âgées qui n’étaient pas atteintes de démence. Ces niveaux de gravité et taux d’hospitalisations plus élevés donnent à penser que les personnes âgées atteintes de démence qui ont effectué une visite à l’urgence présentaient des affections nécessitant des soins plus urgents que les personnes âgées ne souffrant pas de cette maladie.

 

Taux d’hospitalisations plus élevés

Environ 90 000 personnes âgées atteintes de démence (ou une sur 5) ont été hospitalisées en 2015-2016, ce qui correspond à environ 145 000 hospitalisations, car plus du tiers (38 %) d’entre elles ont été hospitalisées plus d’une fois.

Le taux d’hospitalisations était 65 % plus élevé chez les personnes âgées atteintes de démence : 33 hospitalisations par 100 personnes âgées atteintes de démence par rapport à 20 hospitalisations par 100 personnes âgées non atteintes de démence. L’écart s’amenuisait et s’inversait chez les groupes plus âgés.

Taux d’hospitalisations plus élevés chez les personnes âgées atteintes de démence

Le taux global d’hospitalisations des personnes âgées avec démence était de 33 par 100, contre 20 par 100 chez celles sans démence. Ces taux (par 100) variaient selon l’âge: 65-69, 38 vs 13; 70-74, 34 vs 17; 75-79, 35 vs 22; 80-84, 35 vs 29; 85-89, 35 vs 38; et 90+, 29 vs 57.

Taux d’hospitalisations chez les personnes âgées atteintes ou non atteintes de démence, par 100, 2015-2016

Une personne âgée atteinte de démence sur 5 a été hospitalisée en 2015-2016 et plus du tiers d’entre elles l’ont été plus d’une fois. Dans l’ensemble, le taux d’hospitalisations était de 33 par 100 chez les personnes âgées atteintes de démence, par rapport à 20 par 100 chez celles qui n’en sont pas atteintes; l’écart s’atténue et s’inverse chez les groupes plus âgés.

Sources
Base de données sur les congés des patients et Base de données sur la morbidité hospitalière, 2015-2016, Institut canadien d’information sur la santé.

Les taux d’hospitalisations varient d’une province à l’autre

Le taux moyen d’hospitalisations des personnes âgées avec démence au Canada est de 33 par 100. Les taux provinciaux (par 100) sont: 29 en Ont, 31 en N.-É. et en C.-B., 34 à T.-N.-L., 36 à l’Î.-P.-É., 37 en Alb, 39 au Man et en Sask, 40 au Qc et 41 au N.-B.

Taux d’hospitalisations chez les personnes âgées atteintes de démence selon la province, par 100, 2015-2016

Les taux d’hospitalisations des personnes âgées atteintes de démence varient de 29 par 100 en Ontario à 41 par 100 au Nouveau-Brunswick et au Québec.

Sources
Base de données sur les congés des patients et Base de données sur la morbidité hospitalière, 2015-2016, Institut canadien d’information sur la santé.

Les personnes atteintes de démence admises pour des raisons médicales (c.-à-d. qu’elles n’avaient pas besoin d’interventions chirurgicales) ont été hospitalisées pour des motifs semblables à ceux des autres personnes âgées. Seulement 12 % des hospitalisations étaient attribuables à la démence. Dans la majorité des cas, les patients ont été admis pour le traitement d’affections telles qu’une pneumonie (7,3 %), une MPOC (5,1 %), une infection des voies urinaires (5,1 %) ou une insuffisance cardiaque (4,8 %).

Selon des travaux de recherche, les personnes âgées atteintes de démence éprouvent une plus grande détresse que les autres pendant leur séjour à l’hôpitalRéférence1 en raison des changements dans leur routine quotidienne et des divers traitements et examens qu’elles doivent subir. Il pourrait donc être bénéfique pour les personnes atteintes de démence et leur famille que le nombre d’hospitalisations non nécessaires soit restreintRéférence2. Bien qu’il ne soit pas possible d’éviter toutes les admissions, une planification judicieuse des soins pourrait améliorer la qualité de vie de ces personnes.

Nous n’offrons pas de solutions de rechange appropriées pour la prestation de soins d’urgence aux personnes atteintes de démence. Si les familles connaissaient mieux les risques de préjudices à l’hôpital et les autres ressources qui s’offrent à elles, les visites à l’urgence et les hospitalisations seraient moins nombreuses. — Dr Barry Campbell
 

Séjours à l’hôpital plus longs

Les personnes âgées atteintes de démence sont restées à l’hôpital beaucoup plus longtemps que celles qui n’en étaient pas atteintes, la durée médiane de leur séjour étant de 1,3 à 2 fois plus longue. L’écart était plus prononcé chez les personnes âgées plus jeunes. Bien que les séjours à l’hôpital extrêmement longs — c’est-à-dire de 6 mois ou plus — soient rares, leur proportion était considérablement plus élevée chez les personnes âgées atteintes de démence (0,85 %) que chez celles qui n’en étaient pas atteintes (0,12 %).

Plus le séjour est long, plus le patient est susceptible d’avoir été placé dans un niveau de soins alternatif (NSA). Les hôpitaux utilisent le terme « niveau de soins alternatif » pour les patients occupant un lit d’hôpital dans une unité de soins qui n’est plus adaptée à leurs besoins, car la phase aiguë de leur séjour est terminée. Les personnes âgées atteintes de démence étaient à l’origine d’environ la moitié de tous les jours NSA déclarés. Elles étaient 3 fois plus susceptibles d’avoir des jours NSA que les personnes âgées qui n’étaient pas atteintes de démence. En effet, le séjour d’une personne âgée atteinte de démence sur 5 comprenait une portion NSA, contre une personne âgée non atteinte de démence sur 15. Tout comme c’est le cas pour la durée totale du séjour, l’écart dans le nombre de jours NSA était plus prononcé chez les personnes âgées plus jeunes.

Séjours à l’hôpital plus longs pour les personnes âgées atteintes de démence

Le taux moyen d’hospitalisations des personnes âgées atteintes de démence au Canada est de 33%. Les taux provinciaux sont: 29% en Ont, 31% en N.-É. et en C.-B., 34% à T.-N.-L., 36% à l’Î.-P.-É., 37% en Alb, 39% au Man et en Sask, 40% au Qc et 41% au N.-B.

Durée totale médiane du séjour chez les personnes âgées atteintes ou non atteintes de démence admises pour des raisons médicales, 2015-2016

Les personnes âgées atteintes de démence sont demeurées à l’hôpital beaucoup plus longtemps que celles qui n’en sont pas atteintes — la durée médiane de leur séjour étant 1,3 à 2 fois plus élevée. Chez les 65 à 69 ans, la durée médiane du séjour des personnes atteintes de démence était de 8 jours, comparativement à 4 jours pour celles qui n’en sont pas atteintes. Cet écart s’atténue chez les personnes de 80 ans et plus, la durée médiane du séjour étant de 8 jours pour celles atteintes de démence et de 6 jours pour celles qui n’en sont pas atteintes.

Sources
Base de données sur les congés des patients et Base de données sur la morbidité hospitalière, 2015-2016, Institut canadien d’information sur la santé.

 

Risque accru de préjudices à l’hôpital

Les personnes âgées atteintes de démence sont plus nombreuses à subir des préjudices à l’hôpital que celles qui n’ont pas cette maladie. Un préjudice à l’hôpital résulte d’un événement indésirable involontaire qui se produit au cours d’une hospitalisation et qui aurait pu être évité par la mise en œuvre de pratiques connues fondées sur des données probantesRéférence3Référence4. Les principaux types de préjudices sont les infections des voies urinaires (3,5 %), la déshydratation (2,6 %), la pneumonie (2,5 %) et le délirium (2,3 %).

« Les hôpitaux font de nombreux examens. Les patients sont donc plus susceptibles d’être diagnostiqués et de vivre un événement indésirable en raison de traitements inappropriés. Nous savons qu’il y a un risque accru de chute et de délirium en milieu hospitalier », indique le Dr Campbell.

Un séjour plus long constituait le meilleur facteur de prédiction des préjudices à l’hôpital. Les personnes âgées atteintes de démence qui sont restées plus d’une semaine à l’hôpital étaient 7 fois plus susceptibles de subir un préjudice à l’hôpital que les personnes âgées qui n’en étaient pas atteintes (rapport de cotes = 7,0; intervalle de confiance de 95 % = 6,5 à 7,4).

Les résultats indiquent qu’il est possible de réduire le risque de préjudice à l’hôpital si on limite les hospitalisations non nécessaires chez les personnes âgées atteintes de démence et qu’on raccourcit leur séjour à l’hôpital.

Plus de préjudices à l’hôpital chez les personnes âgées atteintes de démence

Au Canada en 2015-2016, 11,5 % des personnes âgées atteintes de démence ont subi un préjudice à l’hôpital, comparativement à 7,9 % dans le cas de celles qui n’en sont pas atteintes.

Pourcentage des personnes âgées qui ont subi un préjudice à l’hôpital, 2015-2016

Les personnes âgées atteintes de démence sont plus nombreuses à subir des préjudices à l’hôpital que celles qui n’ont pas cette maladie. Au Canada en 2015-2016, 11,5 % des personnes âgées atteintes de démence ont subi un préjudice à l’hôpital, comparativement à 7,9 % dans le cas de celles qui n’en sont pas atteintes.

Source
Base de données sur les congés des patients, 2015-2016, Institut canadien d’information sur la santé.

 
 
 
 

Références

1.
Retour à la référence 1 dans le texte
Miller J, et al. Elder care supportive interventions protocol: Reducing discomfort in confused, hospitalized older adults Lien externe qui ouvre dans une nouvelle fenêtre. Journal of Gerontological Nursing. 2004.
2.
Retour à la référence 2 dans le texte
Donnelly M, McElhaney J, Carr M. Improving BC’s Care for Persons With Dementia in Emergency Departments and Acute Care Hospitals Lien externe qui ouvre dans une nouvelle fenêtre. 2011.
3.
Retour à la référence 3 dans le texte
Institut canadien d’information sur la santé, Institut canadien pour la sécurité des patients. Mesure des préjudices subis par les patients dans les hôpitaux canadiens. Section « Que peut-on faire pour améliorer la sécurité des patients? » par Chan B, Cochrane D. 2016.
4.
Retour à la référence 4 dans le texte
Institut canadien d’information sur la santé. Préjudices à l’hôpital. Consulté le 17 mai 2018.