La plupart d’entre nous devront un jour ou l’autre faire appel aux systèmes de santé. En principe, les soins que nous recevrons seront sécuritaires et efficaces. N’empêche que la prestation de soins comporte toujours un risque de préjudices involontaires. Ces préjudices peuvent entraîner un séjour prolongé à l’hôpital, une invalidité, voire un décès. La sécurité des patients est l’affaire de tous : des dispensateurs de soins, des patients et des familles. Nous nous sommes entretenus avec Yana Gurevich, gestionnaire, Indicateurs de santé et Soutien à la clientèle, et Mélanie Josée Davidson, directrice, Performance du système de santé, au sujet de la sécurité des patients et de la façon dont l’ICIS contribue à améliorer la sécurité des soins dispensés au Canada.

Pourquoi les Canadiens considèrent-ils la sécurité des patients comme un enjeu si important?

Yana Gurevich, gestionnaire, Indicateurs de santé et Soutien à la clientèle, ICIS

Personne ne s’attend à ce qu’une visite dans un établissement de soins de santé lui fasse du tort, mais c’est bien connu, un préjudice involontaire peut se produire. En fait, nous savons qu’au Canada, une hospitalisation sur 18 donne lieu à un événement préjudiciable. Plusieurs études démontrent qu’on peut éviter ces situations en adoptant des pratiques exemplaires, en déclarant les incidents et en assurant un suivi. Voilà pourquoi c’est si important. Nous devons parler des préjudices et en tirer des leçons pour éviter qu’ils se reproduisent.

Que fait l’ICIS pour améliorer la sécurité des soins dispensés aux Canadiens?

En 2007, nous avons lancé l’indicateur Ratio normalisé de mortalité hospitalière, qui consigne les décès à l’hôpital. Pour la première fois, les hôpitaux canadiens pouvaient évaluer leur taux de mortalité et tenter de le réduire en notant des choses à améliorer. Depuis, nous avons créé plusieurs indicateurs de la qualité et de la sécurité pour les secteurs des soins de courte durée et de longue durée. Notre outil Votre système de santé informe également sur les plaies de lit, les chutes et les infections. Plus récemment, en partenariat avec l’Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP), nous avons conçu l’indicateur Préjudices à l’hôpital, qui examine un large éventail de préjudices potentiellement évitables en soins de courte durée. Toutes ces informations sont diffusées directement aux hôpitaux, qui les utilisent pour orienter leurs initiatives sur la qualité et renforcer les soins dispensés aux patients.

Où le Canada se situe-t-il par rapport aux autres pays en ce qui concerne la sécurité des soins?

Mélanie Josée Davidson, directrice, Performance du système de santé, ICIS

Il n’est pas facile de mesurer la sécurité des patients à l’échelle internationale. Les pays doivent être dotés de systèmes de données éprouvés capables de consigner les préjudices subis par les patients. Ils doivent aussi valoriser fortement une culture de sécurité des patients qui permet de signaler les incidents préjudiciables sans en craindre les répercussions afin que d’autres puissent apprendre de l’expérience. De l’avis général, le système d’information du Canada est l’un des plus efficaces au monde. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a créé plusieurs indicateurs permettant d’établir des comparaisons internationales dans des domaines tels que la sécurité des patients. Aucun pays n’excelle dans tous les aspects de la sécurité des patients et de la qualité des soins. Nous savons qu’on peut faire mieux au Canada. Nous avons d’ailleurs progressé au chapitre de la mortalité hospitalière et des infections contractées à l’hôpital. Par contre, le Canada est dans le quartile inférieur des pays de l’OCDE pour d’autres mesures de la sécurité des patients comme le taux de traumatismes obstétricaux et certaines complications chirurgicales. Nous devons saisir l’occasion d’apprendre des autres pays et adopter des pratiques exemplaires.

Grâce à l’outil interactif de l’OCDE, l’ICIS permet aux gens de voir où se situe le Canada par rapport aux autres pays semblables. Si nos travaux sur les comparaisons internationales vous intéressent, sachez que nous diffuserons début novembre les nouvelles données de l’OCDE — y compris des données sur la sécurité des patients.

Selon vous, que peut-on faire pour valoriser une culture de partage et d’apprentissage axée sur la sécurité des patients?

L’un des plus grands obstacles au suivi de la sécurité des patients est la sous-déclaration des incidents. En fait, plus l’hôpital est efficace dans sa déclaration d’incidents liés à la sécurité, moins il semble performant. L’hôpital qui déclare scrupuleusement ses incidents liés à la sécurité peut être pointé du doigt à cause de sa piètre performance, alors qu’il fait peut-être simplement preuve d’une plus grande transparence. Nous devons éliminer la crainte du blâme. Il faut le voir comme une occasion d’apprentissage donnant lieu à des mesures de prévention.

L’ICSP a réalisé de nombreux travaux sur la valorisation de la culture de la sécurité des patients. Il propose plusieurs outils et ressources à l’intention des personnes qui souhaitent renforcer la sécurité des patients au sein de leur établissement.

Comment les patients et les familles peuvent-ils contribuer à la sécurité des patients?

Nos travaux sur l’expérience des patients révèlent que la communication joue un rôle de premier plan dans la prestation des soins de santé. Pour le patient, l’une des premières choses à faire est de discuter ouvertement des soins à venir et de ce qui est normal ou non. En effet, le patient qui sait à quoi s’en tenir est en mesure de déterminer si quelque chose cloche. Il doit savoir qu’il peut (et doit) signaler tout élément lui semblant étrange.

Ressources connexes