Les pratiques de don d’organes au Canada pourraient améliorer davantage la santé et sauver plus de vies

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Les pratiques de don d’organes au Canada pourraient améliorer davantage la santé et sauver plus de vies

Le 18 décembre 2014 — Au Canada, on estime que les 2 tiers des patients décédés admissibles au don d’organes ne sont pas parvenus à la fin du processus complexe de don et n’ont donc pas contribué à réduire la liste de 4 612 personnes en attente d’une transplantation, selon une nouvelle étude de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

L’étude, Donneurs décédés potentiels au Canada, repose sur les données associées à plus de 100 000 décès à l’hôpital par an. Elle a révélé des variations importantes dans le nombre de donneurs potentiels par rapport au nombre de donneurs réels au Canada et dans les pratiques de don d’organes dans les provinces ainsi que dans les hôpitaux d’enseignement et les hôpitaux communautaires.

« Le don d’organes est un processus complexe : il faut trouver les donneurs potentiels, obtenir le consentement de la famille et prélever les organes au moment du décès », note Kathleen Morris, directrice, Analyse du système de santé et Questions émergentes. « Il est sans doute impossible de convertir chaque donneur potentiel en un donneur réel, mais les données suggèrent que le Canada pourrait en faire plus pour améliorer la santé et sauver la vie des Canadiens qui attendent une transplantation. »

Parmi les provinces, le Québec a affiché le taux de conversion le plus élevé de dons d’organes de donneurs décédés au Canada, avec 21 % des décès admissibles. Ce pourcentage est presque 2 fois plus élevé que celui observé dans les provinces des Prairies. De plus, le Québec a affiché le pourcentage le plus élevé de donneurs de plus de 60 ans (34 %), tandis que les pourcentages observés dans les Prairies sont parmi les plus faibles.

Même après rajustement afin que les estimations présentées reflètent davantage la réalité à l’échelle canadienne, l’étude révèle que pour les deux tiers des donneurs potentiels de moins de 70 ans, soit environ 1 050 par an, il n’y a pas eu de transplantation. Chaque donneur décédé peut fournir 3,4 organes en moyenne; ainsi, 3 577 organes auraient pu être transplantés si on avait pu mieux identifier les donneurs et franchir chacune des étapes du processus de don d’organes.

Par ailleurs, l’étude a permis de cerner 2 éléments qui permettraient d’augmenter considérablement le nombre de donneurs et pour lesquels les pratiques varient grandement au Canada : le don après un décès cardiocirculatoire et les donneurs âgés.

Le don après un décès cardiocirculatoire, c’est-à-dire un don fait après que le cœur du patient a cessé de battre, concerne les patients qui n’ont pas de chance de rétablissement et dont le décès est imminent. Au Canada, la plupart des organes transplantables proviennent de patients pour lesquels un diagnostic de décès neurologique, ou mort cérébrale, est établi. Compte tenu de la pénurie d’organes disponibles dans le monde entier, de nombreux pays ont ajouté le don après un décès cardiocirculatoire à leurs pratiques de don d’organes. Au Canada cependant, cette pratique n’a été adoptée que par certaines provinces depuis 2006.

Selon l’étude, 5 provinces canadiennes avaient recours au don après un décès cardiocirculatoire en 2012 :

  • Colombie-Britannique, 13 %
  • Alberta, 3 %
  • Ontario, 24 %
  • Québec, 4 % (données de 2011)
  • Nouvelle-Écosse, 6 %

L’étude a également permis de constater que les équipes de soins de santé du Canada sont plus susceptibles de trouver et de prélever des organes chez de jeunes donneurs que chez des donneurs plus âgés. À l’échelle internationale et provinciale, on observe un écart important dans le nombre de donneurs de plus de 60 ans :

  • Dans l’ensemble, 23 % des donneurs canadiens étaient âgés de plus de 60 ans entre 2008 et 2012.
  • En Espagne, près de 45 % des donneurs décédés avaient plus de 60 ans en 2009. L’Espagne est le chef de file mondial du don d’organes de donneurs décédés et en a fait un aspect essentiel de ses pratiques de soins de fin de vie.
  • Au Canada, le Québec et la Nouvelle-Écosse ont affiché le pourcentage le plus élevé de donneurs de plus de 60 ans, soit 34 % et 26 % respectivement.
  • En revanche, en Alberta et au Manitoba, moins de 10 % des donneurs décédés étaient âgés de plus de 60 ans.

Toujours selon l’étude, les hôpitaux communautaires pourraient constituer une source importante de donneurs :

  • En Ontario, les hôpitaux d’enseignement étaient 60 % plus susceptibles de convertir les donneurs potentiels en donneurs réels que les hôpitaux communautaires. Or, 54 % des donneurs potentiels examinés dans l’étude sont décédés dans un hôpital communautaire. Cette comparaison n’a été faite que pour l’Ontario puisque la collecte de données exhaustives sur le prélèvement d’organes y est obligatoire, ce qui permet l’analyse des données.
  • Dans une étude québécoise distincte, le Collège des médecins du Québec a obtenu des résultats semblables : près du tiers des donneurs potentiels sont décédés dans un hôpital sans vocation d’enseignement, où il n’y avait pas d’unité de traumatologie ni de coordonnateur de donneurs.

« Cette étude montre clairement que les provinces et territoires, malgré les améliorations apportées, devront investir davantage et combiner leurs efforts pour répondre à la demande cruciale d’organes », indique le Dr Sam Shemie de l’Hôpital de Montréal pour enfants et conseiller de premier plan dans le cadre de l’étude. « Tous les donneurs consentants devraient voir leurs espoirs se concrétiser. »

 

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