Une agréable nouvelle

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Dans la vingtaine, Vernon Lutness jouait dans des soirées country avec son groupe de musique, The Swing Four, dans la région de Camrose en Alberta. Dans la soixantaine, il faisait partie d'un autre groupe, The Jammers. Tout ça, c'était avant que la démence ne prenne le dessus.

« Il aimait la musique et improvisait avec plusieurs instruments : la guitare, le piano et l'accordéon. Il m'a appris à danser », se souvient sa sœur, Joan Jones. Elle aime penser que M. Lutness éprouve toujours du plaisir à écouter de la musique. D'ailleurs, de récents changements dans sa médication — et son comportement — la confortent en ce sens.

À 82 ans, M. Lutness réside au Capital Care Strathcona de Sherwood Park en Alberta depuis 6 ans. Des années qu'il a majoritairement passées dans la section sous haute surveillance de l'unité des soins de longue durée du centre. « Je suis chanceuse de lui avoir trouvé une place à ce centre, car c'est tout près de chez moi », précise Mme Jones, qui est de 12 ans la cadette de son frère et sa tutrice légale.

La transition de M. Lutness dans sa nouvelle résidence s'est faite en douceur. Mais à la suite d'une petite dispute avec un autre résident, les choses ont semblé vite basculer. « Il a fait une chute et s'est cassé la hanche. Il ne pouvait plus marcher et demeurait cloué dans un fauteuil roulant. Vern dormait tout le temps et parlait peu », se rappelle Mme Jones.

C'est à l'occasion d'une conférence familiale annuelle que Mme Jones a découvert que son frère prenait des antipsychotiques sur ordonnance depuis plusieurs mois. Lorsqu'elle a appris que le centre avait mis en œuvre un projet pilote d'évaluation des médicaments visant l'arrêt des antipsychotiques, elle n'a pas hésité à y inscrire son frère.

« Le changement a été absolument fantastique, affirme Mme Jones. Vernon a recommencé à parler, à faire des petits sons. De temps à autre, il fait des phrases complètes — et pas que des courtes! »

M. Lutness compte parmi une douzaine de résidents qui ont bénéficié de l'initiative fondée sur les données qui évaluait l'utilisation adéquate des antipsychotiques. Avec l'appui de la Fondation canadienne pour l'amélioration des services de santé, le projet a débuté dans la région sanitaire de Winnipeg. Les chercheurs se sont servis des données du RAI comme outil de mesure et d'évaluation afin de surveiller et de réduire l'utilisation des médicaments antipsychotiques en soins de longue durée. Aujourd'hui, l'Alberta utilise également les données du RAI comme outil principal de mesure et d'évaluation dans le cadre de son projet provincial sur l'utilisation adéquate des antipsychotiques en soins de longue durée.

Le projet a permis d'améliorer les soins aux patients ainsi que leur qualité de vie. Les antipsychotiques, auparavant un traitement de première intention, commencent à être utilisés en dernier recours pour les résidents aux prises avec la démence et avec des comportements difficiles pour le personnel et la famille.

L'approche axée sur les résidents encourage les dispensateurs de soins à avoir une vue d'ensemble en tenant compte de tout l'historique du résident, et pas seulement de ses antécédents médicaux. Les dispensateurs de soins peuvent alors faire preuve de créativité et échanger d'autres approches pour aider les résidents.

« Nous avons remarqué que plus Vernon s'exprimait et réagissait à son environnement, plus nous pouvions communiquer avec lui et mieux répondre à ses besoins. Nous avons appris à connaître Vernon en tant que personne », indique Elizabeth Tanti.

Ces 2 dernières années, Mme Jones ne cesse de s'émerveiller des améliorations observées chez son frère. « Il sort avec les autres sur son fauteuil roulant. Parfois, il parle et fait tellement de sons qu'il en devient agaçant », dit-elle en s'esclaffant.

Puis est arrivé le jour où Mme Jones et M. Lutness étaient assis l'un à côté de l'autre à écouter un artiste invité au centre. « Brusquement, Vern s'est tourné vers moi et a dit : "Merci d'être venue aujourd'hui." J'ai éclaté en sanglots. Ces yeux brillaient et je sais qu'il écoutait la musique. »

La section en Bref de l'outil Web de l'ICIS, Votre système de santé, compare les données entre les provinces sur une longue période. Les taux d'utilisation des antipsychotiques dans les établissements de soins de longue durée de l'Alberta (25 %) et de Winnipeg (23 %) ont baissé ces dernières années, depuis le lancement de ces initiatives. Ils sont parmi les plus bas au Canada, bien en deçà de la moyenne nationale de 30 %.

Ce printemps, l'ICIS va étendre la portée de la section En détail de Votre système de santé. Cette dernière inclura des indicateurs sur les antipsychotiques, notamment à l'échelle des établissements — une première au Canada.

Mme Jones espère que l'expérience de son frère sera utile à d'autres personnes. « Pendant si longtemps, il ne disait rien ou rien de sensé. Et aujourd'hui, j'ai l'impression que Vern a retrouvé un peu de sa lucidité et que j'ai retrouvé une partie de mon frère. »