Réduire l’utilisation des antipsychotiques en soins de longue durée : l’histoire d’un établissement

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Réduire l’utilisation d’antipsychotiques en soins de longue durée : le parcours d’un établissement

Placer un être cher dans un établissement de soins de longue durée peut être une décision très difficile et émouvante — surtout en raison des médias qui tendent à brosser un portrait peu reluisant de la qualité des soins offerts en hébergement au Canada. Parmi les sujets brûlants souvent médiatisés, mentionnons l’utilisation des antipsychotiques dans les foyers de soins de longue durée.

En 2013‑2014, environ 1 résident sur 3 (30 %) dans les établissements de soins de longue durée aurait reçu une prescription inappropriée d’antipsychotiques, selon les données diffusées dans l’outil Web de l’ICIS Votre système de santé : En détail. Après avoir pris connaissance de ses données, la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS), un organisme sans but lucratif dont le mandat est d’accélérer l’amélioration des services de santé au Canada, a décidé d’intervenir.

En mai 2014, la FCASS a lancé Réduire le recours aux antipsychotiques en soins de longue durée, un projet collaboratif d’amélioration de la qualité qui vise à réduire le nombre de résidents qui sont trop médicamentés. Des équipes interprofessionnelles ont été mises sur pied dans 56 établissements au pays. La FCASS a fourni à chaque équipe une formation adaptée, un encadrement personnalisé et un fonds de démarrage (jusqu’à 50 000 $ par équipe). De plus, elle a travaillé de façon active avec les participants à réduire le nombre de résidents qui prennent des antipsychotiques sans avoir reçu un diagnostic de psychose.

Réduire les antipsychotiques au Trinity Village Care Centre

Sharon Jackson, une infirmière autorisée en soutien comportemental au Trinity Village Care Centre, un centre de soins de longue durée situé à Kitchener, en Ontario, affirme que le projet a non seulement amélioré la qualité de vie des résidents, mais qu’il a aussi aidé le personnel à tisser des liens plus étroits avec les patients.

Madame Jackson caressait déjà l’idée de réduire le recours aux antipsychotiques au centre avant d’entendre parler du programme de la FCASS. Lorsqu’un collègue lui a appris l’existence du projet, il ne lui restait que 24 heures pour soumettre la candidature du centre.

Dès que le centre a été accepté dans le projet, elle s’est employée à changer les pratiques. « J’ai foncé tête première dans le projet », explique Sharon. « Je voulais mettre le plan à exécution dans les 5 unités du centre immédiatement. »

Le but était de réduire la dose d’antipsychotiques de 25 % aux 2 semaines pour chacun des 42 résidents qui prennent ce type de médicament sans avoir reçu un diagnostic de psychose, jusqu’à ce que la dose soit réduite à zéro.

« Nous avons surveillé les comportements et les effets secondaires des patients, et constaté que la plupart d’entre eux avaient le même comportement avec une dose réduite dès que les effets secondaires s’étaient dissipés », ajoute Sharon.

De plus, étant donné que les résidents devenaient plus alertes et réceptifs sans leurs médicaments, les infirmières arrivaient mieux à comprendre leurs besoins et à établir une relation harmonieuse avec eux.

« Nous avons remarqué des changements incroyables chez nos patients. Avant, certains patients demeuraient muets et ne répondaient à personne et, maintenant, ces patients sont sociables et semblent très heureux, raconte Sharon. La famille d’un patient nous a dit qu’elle aurait souhaité nous avoir confié leur proche des années plus tôt. »

Parmi les 42 résidents qui ont pris part au projet initial, 9 seulement prennent toujours des antipsychotiques (6 % du nombre total de résidents, par rapport à 28 % au début du projet). Seuls 5 de ces 9 résidents ont continué de recevoir leur dose initiale.

Comment le personnel du centre y est-il parvenu?

Sharon s’est servi du fonds de la FCASS pour multiplier et promouvoir les services de l’équipe spécialisée en soutien comportemental, et pour offrir une formation aux infirmières en vue de délaisser la « culture de prescription » au profit de solutions non pharmacologiques — comme les techniques prônées par la Gentle Persuasive Approach (approche de persuasion en douceur) reconnue dans le monde entier — pour traiter les résidents et travailler avec eux.

Le personnel du Trinity Village Care Centre ne ménage aucun effort pour réduire le nombre de résidents qui prennent des antipsychotiques. Dans la plupart des cas, les résidents prennent déjà le médicament sans avoir reçu de diagnostic au moment de leur entrée à l’établissement. Le personnel du centre espère un jour mettre à profit son expérience et ses compétences en formant d’autres dispensateurs de soins dans des résidences pour personnes âgées et des programmes de jour pour adultes, et ainsi prévenir le problème avant son apparition.