Les jeunes Canadiens sont de plus en plus nombreux à utiliser les services hospitaliers en raison de troubles mentaux

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Les jeunes Canadiens sont de plus en plus nombreux à utiliser les services hospitaliers en raison de troubles mentaux

Les taux d’hospitalisations et de visites au service d’urgence en raison de troubles mentaux ont considérablement augmenté depuis 2006.

Selon la récente étude de l’ICIS Les soins aux enfants et aux jeunes atteints de troubles mentaux, les taux de visites au service d’urgence chez les enfants et les jeunes de 5 à 24 ans ont augmenté de 45 % de 2006-2007 à 2013-2014. De même, les taux d’hospitalisations d’au moins une nuit ont grimpé de 37 % au cours de la même période.

D’où vient cette augmentation? Les troubles anxieux, les troubles de l’humeur et les troubles liés à l’utilisation de substances étaient les principales causes de visites au service d’urgence, tandis que les troubles de l’humeur et les autres troubles mentaux (troubles des conduites et de l’alimentation) étaient les diagnostics les plus couramment associés aux hospitalisations.

Kimberly Moran, présidente et chef de la direction, Santé mentale pour enfants Ontario, fait une autre observation.

« D’après moi, ces chiffres montrent que les enfants et les jeunes utilisent les services d’urgence et les hôpitaux parce qu’ils n’ont pas accès aux services nécessaires dans la collectivité », explique-t-elle.

Mme Moran est témoin de cette situation non seulement au travail, mais aussi dans sa vie personnelle. En effet, à 11 ans, sa fille a commencé à manifester des symptômes de dépression. Une fois les causes physiques écartées, Mme Moran et sa fille ont été dirigées vers un organisme communautaire de santé mentale avec une liste d’attente de près d’un an.

« 2 mois et demi plus tard, elle a tenté de se suicider. Elle avait 11 ans. Elle a cessé de boire et de manger, explique Mme Moran. On l’a amenée à l’urgence. Donc, nous sommes une de ces familles. »

La fille de Mme Moran a séjourné 2 semaines à l’hôpital, puis 6 mois dans un établissement de soins en hébergement. Elle a ensuite été en traitement de jour pendant 18 mois.

L’apparition de troubles mentaux peut avoir des conséquences durables. Chez les jeunes, elle peut être liée à de piètres résultats sur les plans de l’éducation et de l’emploi.

« Elle a maintenant 15 ans et se porte à merveille. Mais elle essaie de rattraper son immense retard à l’école à cause de sa longue maladie, note Mme Moran. Pour un enfant, la perte de 2 années scolaires pose un défi énorme et pourrait être lourde de conséquences pour le reste de sa vie. »

De multiples hospitalisations et visites au service d’urgence peuvent aussi être signe qu’il existe une lacune dans les soins communautaires. Selon l’étude de l’ICIS, parmi les enfants et les jeunes qui se sont rendus à l’urgence en raison de troubles mentaux, 39 % y ont fait 3 visites ou plus. Chez les enfants et les jeunes qui ont été hospitalisés, 11 % l’ont été 3 fois ou plus.

« Si vous allez à l’urgence pour un problème de santé mentale, vous serez sûrement renvoyé à la maison rapidement, parce qu’on ne considère pas que ce type de problème doit être traité en milieu hospitalier, affirme Mme Moran. Mais, en l’absence des ressources adéquates dans la collectivité, un enfant pourrait devoir retourner à l’hôpital. »

Mme Moran est d’avis qu’on devrait envisager de créer un système de soins de santé mentale similaire à celui mis en place pour les soins aux personnes âgées et la gestion des maladies chroniques.

« Nous devons avoir une discussion sur les services dont les enfants et les familles ont besoin. Ils ont besoin de soins primaires et bien sûr, des hôpitaux et des pédiatres, dit-elle. Par contre, la prise en charge et les traitements quotidiens de ces enfants ainsi que le soutien à leur famille se font en majorité dans la collectivité. Et à l’heure actuelle, nous manquons tout simplement de ressources. »