Repenser les modèles de soins traditionnels

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Repenser les modèles de soins traditionnels

 Chaque nuit, 35 000 Canadiens sont sans abri. Au centre-ville d’Ottawa, les scènes d’itinérants couchés en boule contre un immeuble et cherchant un peu de chaleur, entourés de leurs effets personnels, sont monnaie courante.

Parfois, on les reconnaît au bout de carton qu’ils tiennent et sur lequel on peut lire : « Sans-abri. J’ai faim » ou, plus émouvant encore, « J’étais ton voisin ».

Même sans le carton, on les remarque tout de suite.

Seulement à Ottawa, une ville de 900 000 habitants, environ 6 700 personnes ont utilisé les refuges en 2013. Certaines se déplacent d’abri en abri à la recherche d’un endroit où dormir et d’un repas chaud. Beaucoup souffrent de maladies chroniques, mais ne veulent pas ou ne peuvent pas se faire soigner à l’hôpital.

Certaines ont été victimes d’abus. D’autres souffrent d’une toxicomanie, d’une maladie mentale, ou des deux. La diversité de leurs profils nous rappelle que personne n’est à l’abri de l’itinérance.

Par la prestation de soins communautaires novateurs, l’Hôpital d’Ottawa et Santé urbaine d’Ottawa attaquent de front le problème de l’itinérance en aidant à améliorer la santé des itinérants.

Le personnel et les bénévoles dévoués de Santé urbaine d’Ottawa ont réussi à intégrer une approche axée sur la santé de la population à la conception et à la prestation de soins pour les itinérants. Ce faisant, ils nous aident à repenser les modèles de soins traditionnels.

Les travaux réalisés par Santé urbaine d’Ottawa sont décrits dans l’étude de l’ICIS intitulée La santé de la population et le système de santé canadien. Elle présentait les points de vue de dirigeants du système de santé qui appliquent l’approche axée sur la santé de la population dans un milieu de soins de santé. L’étude qui s’est échelonnée sur une année s’inscrivait dans le cadre d’une initiative de l’ICIS; cette initiative visait à amorcer un dialogue au Canada qui permettrait de renforcer les capacités et la volonté des dirigeants du système santé à intégrer la santé de la population à la planification et à la prise de décisions dans le milieu de la santé.

Tous les programmes de Santé urbaine d’Ottawa sont guidés par le même principe fondamental. Les services de santé doivent se rapprocher de la collectivité et être adaptés aux besoins particuliers de ses membres. Cette approche peut grandement améliorer l’accès et la continuité des soins pour les populations difficiles à atteindre, comme les itinérants d’Ottawa.

L’approche axée sur la santé de la population en action

 L’organisme Santé urbaine d’Ottawa a été mis sur pied en 2001 par l’Hôpital d’Ottawa et d’autres dirigeants de la collectivité et du système de santé préoccupés par une frange de la population itinérante d’Ottawa.

Malgré un recours fréquent aux services de santé, cette clientèle particulière des refuges présentait des besoins de santé complexes et ne bénéficiait pas des soins adéquats.

Aujourd’hui, Santé urbaine d’Ottawa gère plusieurs programmes, dont certains fournissent des soins médicaux, des services de santé mentale, des services en toxicomanie et des soins palliatifs. Ces services offerts dans les refuges et les milieux résidentiels bénéficient du soutien d’organisations partenaires, de la police d’Ottawa et d’autres fournisseurs de services sociaux.

Santé urbaine d’Ottawa arrive ainsi à créer un réseau de services qui répondent ensemble aux multiples besoins de santé des itinérants d’Ottawa.

Santé urbaine d’Ottawa en action : L’Hôpital d’Ottawa et Santé urbaine d’Ottawa : l’approche axée sur la santé de la population « en action » (une vidéo de 3 minutes)

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Un hôpital sans frontiers

 Santé urbaine d’Ottawa a valu à l’Hôpital d’Ottawa sa désignation d’hôpital sans frontières. En effet, ses services de santé sont offerts dans la collectivité.

« Nous offrons des services dans les refuges et nous collaborons avec les refuges, mais c’est en fait l’Hôpital d’Ottawa qui se déplace dans la collectivité », dit le Dr Jeff Turnbull, médecin-chef à l’Hôpital d’Ottawa et directeur médical de Santé urbaine d’Ottawa. Le Dr Turnbull et Wendy Muckle, directrice générale de Santé urbaine d’Ottawa, sont les cofondateurs de l’organisme.

Selon leur propre description, la population de patients dont ils s’occupent est très malade et vulnérable. Ces personnes ne font pas confiance au système et ne veulent pas ou ne peuvent pas être hospitalisées.

Alors, Santé urbaine d’Ottawa et son équipe de professionnels dévouée amènent l’hôpital, ainsi que ses soins et services, dans la collectivité.

Santé urbaine d’Ottawa offre 7 programmes, dont un programme de gestion de la consommation d’alcool, un programme destiné aux femmes, un programme TED (Targeted Engagement and Diversion), un centre de soins palliatifs, une clinique de soins primaires et une unité de soins spéciaux pour hommes. Les programmes sont offerts dans 5 refuges et établissements d’hébergement qui comptent, au total, plus de 200 lits. Il existe aussi 2 programmes de logement, situés dans l’ouest de la ville.

Intéressant? L’Hôpital d’Ottawa et Santé urbaine d’Ottawa : l’approche axée sur la santé de la population en action (une vidéo de 10 minutes)

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Une approche différente des soins

 En quoi cette approche des soins est-elle différente? Le Dr Turnbull explique : « Traditionnellement, notre approche est celle du format unique pour tous. Notre nouvelle approche est davantage axée sur le patient ou le client. On prend une population donnée et on se demande comment lui offrir des soins adaptés à ses besoins dans son milieu. »

Santé urbaine d’Ottawa est financé en partie par le réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) et des organismes partenaires, dont le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario. Cet organisme illustre à merveille comment les dirigeants du système de santé intègrent l’approche axée sur la santé de la population à leur planification opérationnelle et à leurs processus décisionnels.

« L’avenir ne doit pas tourner autour de l’hôpital », dit Jack Kitts, président-directeur général de l’Hôpital d’Ottawa, dont le rôle a été déterminant dans l’obtention du financement pour Santé urbaine d’Ottawa. « Ces patients ne se présentent pas nécessairement à l’hôpital pour des soins de courte durée, qui sont la raison d’être de l’hôpital. Ils ne pouvaient pas être suivis dans la collectivité, en soins primaires, mais ils n’étaient pas assez malades pour être pris en charge à l’hôpital; ils n’avaient donc nulle part où aller. »

La réussite d’un tel programme repose largement sur une direction solide capable de le faire adopter et de faire face aux questions liées aux politiques et au financement. Les partenariats sont également essentiels. Ils aident à optimiser les retombées du programme et à assurer une bonne utilisation des ressources disponibles.

« Nous travaillons avec les services ambulanciers, paramédicaux et policiers. On ne peut pas obtenir de résultats sans la collaboration de tout le monde », dit le Dr Turnbull.

Le succès du programme passe également par des données de qualité. Or, l’ICIS y contribue notamment en créant des définitions de données uniformisées et des normes. En effet, elles aident à cibler les populations dont les besoins ne sont pas satisfaits, à évaluer l’efficacité des interventions et à mettre en évidence la nécessité d’agir.

Les résultats sont éloquents, dans la collectivité et sur papier. « Notre programme entier ne coûte pas même 4 millions. Notre budget est modeste parce que beaucoup de nos autres ressources proviennent de nos partenaires. Pourquoi créer une nouvelle infrastructure quand on peut utiliser celle des autres? », ajoute Mme Muckle.

« Toutes les études et les évaluations que nous avons menées prouvent que le trésor public économise au moins 3 dollars pour chaque dollar dépensé. En plus, les gens sont en meilleure santé et obtiennent de meilleurs soins. Difficile de s’y opposer quand le travail est mieux fait et à moindre coût. »