Opinion : Notre système de santé est inefficace. Que peut-on faire?

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Pourquoi le système de santé canadien est-il inefficace?  Une nouvelle étude arrive à chiffrer pour la première fois l’inefficacité et se penche sur les moyens d’améliorer notre efficacité

Le système de santé canadien est inefficace, ce qui ne surprend personne. La plupart des Canadiens conviennent que nous devons améliorer l’efficacité du système et obtenir un meilleur rendement sur les investissements en soins de santé. En fait, tous les pays sont confrontés à ce problème.

Soucieux de mieux comprendre la raison de l’inefficacité du système de santé canadien, nous avons entrepris une étude qui a permis de mesurer l’efficacité et ses déterminants à l’échelle des réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS) et des régies régionales de la santé. Nous avons pu ainsi, pour la première fois, chiffrer cette inefficacité : elle représenterait une proportion de 18 à 35 %, soit l’équivalent anuel d’environ 25 500 décès qui auraient pu être évités.

Alors, comment améliorer l’efficacité de notre système

Au cours des dernières années, des experts d’organismes comme l’Institute of Medicine (IOM), la Commission Drummond et l’Institute for Competitiveness and Prosperity (en anglais seulement) ont formulé diverses recommandations visant à réduire le gaspillage et à améliorer l’efficacité des soins de santé. Les discussions ont surtout visé à améliorer la façon dont les services sont organisés et offerts, par exemple en réduisant les tests répétitifs, en élargissant les champs de pratique professionnelle et en diminuant le nombre d’erreurs médicales. Ce sont là des initiatives importantes ciblant la prestation des services de santé.

Mais qu’en est-il de la demande en services de santé? Une population adoptant des comportements moins sains nécessiterait-elle des traitements plus complexes, même si les problèmes ne sont pas liés directement aux comportements? Il pourrait être plus coûteux, par exemple, de traiter le cancer du côlon chez les fumeurs que chez les non-fumeurs.

Notre étude nous a permis de confirmer que l’inefficacité est liée aux problèmes organisationnels bien connus dans notre système. Par exemple, les régions qui comptent des taux élevés de réadmission à l’hôpital et dont les hôpitaux traitent des patients qui seraient mieux pris en charge ailleurs sont moins efficaces.

Nous avons surtout constaté que l’aspect « demande » n’est pas à négliger. Les régions qui étaient en mesure de garder leur population en santé et d’éviter ainsi le recours aux soins de santé étaient des régions efficaces. Celles qui par exemple affichaient un faible taux de tabagisme et de sédentarité physique étaient plus efficaces, tout comme les régions comptant en moyenne une population en santé, mesurée par la faible prévalence de multiples affections chroniques.

Dans l’ensemble, nous avons constaté que pour réduire l’inefficacité du système de santé, il faut non seulement améliorer la façon dont les services sont organisés et offerts, mais aussi, et surtout, entreprendre des initiatives visant la santé de la population. Autrement dit, pour améliorer le système, il faut améliorer la prestation des services de santé de même que la santé des populations en déployant des efforts en matière de santé publique.

Certes, ce sont là deux tâches très difficiles, mais les décideurs peuvent compter sur une abondance de données probantes. On trouve des exemples particulièrement intéressants de dirigeants du système de santé qui ont investi leurs ressources dans des domaines autres que le secteur des soins de courte durée, pour mieux répondre aux besoins des grands utilisateurs de services de santé. Ils ont ainsi amélioré les résultats sans pour autant augmenter le coût total des services. Par exemple, les efforts déployés à l’Hôpital d’Ottawa pour mieux intégrer les services de soins de santé et les services sociaux au profit des sans-abri semblent avoir réduit le recours aux salles d’urgence de l’hôpital et amélioré les résultats.

Cela dit, il faut multiplier encore davantage les recherches. L’importance d’investir dans des déterminants de la santé plus globaux est bien établie. On dispose toutefois de peu de données probantes pour prendre des décisions sur la façon de dépenser les fonds à venir. Vaut-il mieux par exemple investir dans le développement de la jeune enfance plutôt que dans le prochain médicament découvert contre le cancer? De telles études sur la rentabilité – qui comparent la pertinence des investissements dans des interventions ciblant des facteurs de risque importants en matière de santé et de maladies au moyen de méthodes plus conventionnelles en soins de courte durée – sont difficiles à réaliser et ne courent pas les rues. Mais elles sont nécessaires lorsque vient le moment de gérer l’inefficacité.

Mme Sara Allin est chercheuse principale à l’Institut canadien d’information sur la santé. M. Jeremy Veillard est vice-président, Secteur de la recherche et de l’analyse à l’Institut canadien d’information sur la santé. M. Michel Grignon est professeur associé au département de l’économie et de la santé, Aging & Society, de l’Université McMaster et directeur du Centre for Health Economics and Policy Analysis (CHEPA).

Note de la rédaction : Cet article, reproduit ici dans son intégralité, a d’abord été publié dans Healthy Debate le 28 avril 2014. Il a été rédigé par Sara Allin et Jeremy Veillard de l’ICIS, ainsi que par Michel Grignon.