L’algorithme au service du changement dans la politique ontarienne sur les services d'assistance

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L’algorithme au service du changement dans la politique ontarienne sur les services d'assistance

Pendant quatre ans, la doctorante Norma Jutan ne pensait qu’à une seule chose : les services d’assistance pour personnes âgées à risque élevé. Bon, peut-être pensait-elle aussi à d’autres choses, mais cette analyste principale de l’ICIS a consacré le plus clair de ce temps à sa thèse de doctorat sur le sujet.

Voici comment la recherche de Mme Jutan a généré des changements dans la politique gouvernementale ontarienne.

Les services d’assistance

En 2008, l’Ontario a commencé à s’intéresser au secteur des services d'assistance (ou résidences avec services) du système de santé. Ce secteur présentait un fort potentiel quant à l’accueil des personnes en perte d'autonomie, mais qui n’avaient pas encore besoin d'un placement en centre de soins infirmiers.

Les résidences avec services offrent essentiellement à leurs clients un appartement et des services ainsi que des soins dispensés par des professionnels de la santé. Dans le cadre de sa recherche, Mme Jutan a découvert qu’une personne âgée sur cinq se retrouvait dans un centre de soins infirmiers dans l’année suivant son admission à une résidence avec services. Les quatre autres vivent très bien dans leur résidence en bénéficiant de services d’assistance, ce qui confirme qu'il est possible de demeurer dans un tel milieu de soins tout en conservant son autonomie.

Une question demeurait, toutefois. Comment déterminer les meilleurs candidats pour les services d’assistance? La recherche qu’a effectuée Mme Jutan, depuis son Université de Waterloo, a aidé les cliniciens à trouver une réponse à cette question.

Le DASH

Dès le départ, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario avait commandé une évaluation interRAI (instrument d’évaluation des résidents) pour les services d’assistance, comme celles qui existaient déjà pour les services à domicile et les centres de soins infirmiers. Utilisés à travers le monde, ces instruments permettent d’évaluer les personnes qui vivent dans plusieurs milieux de soins. L’ICIS les utilise également dans le cadre de ses systèmes d’information sur les services à domicile et sur les soins de longue durée. Les évaluations interRAI sont le fruit de la collaboration de cliniciens et de chercheurs de plus 30 pays, dont le directeur de recherche de Mme Jutan, le Canadien John Hirdes.

Mme Jutan doit sa réussite au DASH (Decision Algorithm for Supportive Housing) : un algorithme de décision pour les services d’assistance. Les données tirées des évaluations d’interRAI alimentent le DASH, que les cliniciens en soutien à domicile et en soins de longue durée utilisent ensuite pour déterminer le milieu de soins le mieux adapté pour une personne âgée : les services d’assistance, les services à domicile ou le centre de soins infirmiers.

Mme Jutan a interrogé des cliniciens qui interviennent dans ces trois milieux de soins afin de cerner les facteurs qui influent le plus sur la décision d’opter pour les services d’assistance. La conception du DASH repose sur les facteurs cités par les cliniciens, notamment l'état cognitif, les troubles du comportement et la présence d’un dispensateur. Au terme de quatre années d’analyses complexes, Mme Jutan a créé un arbre décisionnel dont les critères orientent les cliniciens vers un des milieux de soins possibles.

On venait de trouver l'outil essentiel au placement du bon client dans le bon milieu de soins au bon moment.

Le ministère de la Santé frappe à la porte

Pendant ce temps, le ministère de la Santé et des Soins de longue durée répertoriait les principaux facteurs essentiels, selon lui, à la prise de telles décisions. Puisque la thèse de Mme Jutan portait déjà sur le sujet, le Ministère lui a demandé de collaborer au remaniement de sa politiquesur les services d'assistance pour les personnes âgées à risque élevé.

Mme Jutan a alors proposé au ministère d’utiliser le DASH pour appuyer le remaniement de sa politique. Ainsi, le DASH a permis de définir les caractéristiques des personnes âgées à risque élevé au sens de la politique ontarienne sur les services d'assistance, lancée officiellement en septembre dernier. Selon une note de service du Ministère, le DASH a permis aux dispensateurs de services de santé d’y voir plus clair lors de l’évaluation de la pertinence des services d’assistance.

Le DASH, au même titre que les autres résultats des évaluations interRAI, peut maintenant aider les dispensateurs de soins de santé du Canada à déterminer le milieu de soins le mieux adapté pour les personnes âgées.

Habituellement, les thèses de doctorat mènent leurs auteurs à la publication d’articles scientifiques ou à des présentations lors de conférences. La thèse de Mme Jutan a plutôt donné lieu à un changement de politique. Dès lors, elle aura une incidence sur les conditions de vie des personnes âgées au Canada.