Incidence des outils d’évaluation en santé mentale

Printer-friendly version
Incidence des outils d’évaluation en santé mentale

Sur la côte Est du Canada, l’utilisation d’un outil associé à l'ICIS est au cœur d’un virage sans précédent dans le traitement des patients ayant des troubles de santé mentale.

En 2009,  l’unité de santé mentale du Centre de santé de l'Autorité sanitaire régionale Central
de Terre-Neuve-et-Labrador décide de normaliser son processus de collecte de données. Elle introduit alors l’utilisation de l’outil RAI — Santé mentale (RAI-MH) pour consigner les évaluations des patients hospitalisés. Utilisés à travers le monde, les instruments d'évaluation des résidents permettent d'évaluer les patients dans divers milieux de soins. Ils ont été élaborés par interRAI, un réseau de cliniciens et de chercheurs de plus de 30 pays.

Dans l’unité de santé mentale, l’instrument est utilisé pour centraliser l'information sur les patients. Il contribue ainsi à rehausser les soins et à orienter les décisions prises par le personnel soignant. L’année passée, un deuxième outil, le RAI — Santé mentale en milieu communautaire (RAI-CMH), a été mis en place. L’idée était de permettre aux travailleurs communautaires en santé mentale d’en tirer les mêmes avantages que ceux offerts par le RAI-MH.

Les résultats obtenus dès le départ ont été si prometteurs que les deux outils ont été mis en œuvre dans l’ensemble des autorités sanitaires de Terre-Neuve-et-Labrador. Une première au Canada!

Dans l’unité pour patients hospitalisés

Dale Gill, gestionnaire du personnel infirmier de l'unité, affirme que le RAI-MH a donné lieu à une série de changements positifs.

En premier lieu, l’unité de santé mentale s’est dotée d’un diététiste et d’un travailleur social à temps plein. Selon Mme Gill, le personnel de l'unité devait auparavant partager un travailleur à temps partiel avec le reste de l’hôpital, ce qui était loin de combler leurs besoins. Les rapports générés par l’ICIS au moyen des données électroniques que lui soumettait le personnel ont confirmé les sentiments du personnel quant à l’état de leurs besoins.

De plus, un grand virage a été entrepris dans le domaine des toxicomanies. « Les rapports ont montré que les toxicomanies posaient un défi pour l’unité. Nous avons donc lancé une formation intense du personnel aux troubles liés à la toxicomanie », explique Mme Gill.

Selon Desmond Coombs, directeur du Département de santé mentale et de toxicomanie de l’autorité sanitaire Central, il s’agit là d’un tournant majeur dans les soins aux patients. Les patients souffrant de troubles concomitants liés à la santé mentale et à la toxicomanie demandent des services plus complexes. Or, avant l'introduction du RAI-MH, leur profil n'était pas bien défini. Heureusement, le personnel comprend mieux maintenant les problèmes liés à la toxicomanie.

« Le virage amorcé n’est pas fondé sur une hypothèse, mais bien sur des faits appuyés par des données », indique M. Coombs.

Les outils d’évaluation permettent de déceler non seulement les problèmes majeurs, comme l’abus, les problèmes sociaux, la détresse des aidants naturels et les dépendances, mais aussi les petits détails qui ont une incidence sur les soins d’un client. Exemple : la sécheresse buccale, un problème fréquemment signalé par l’outil. Est-elle liée aux médicaments? Pas toujours. En fait, il s’est avéré que la qualité de l'air dans l'unité de santé mentale était à blâmer au moins en partie. Relativement simple, la résolution de ce problème a permis de faire disparaître ce symptôme persistant chez les clients.  

Le RAI-MH ne cible pas que les problèmes; il souligne également les forces. Le personnel de l’unité en a été témoin. Par exemple, l’outil a montré que le personnel utilise rarement les moyens de contention, particulièrement dans la salle d’isolement thérapeutique. En effet, le personnel s’est rendu compte que leur recours à des mesures d’atténuation des comportements — thérapie par le dialogue, médicaments, méthodes autres que la contention — donnait de bons résultats.

Dans la collectivité

Les avantages du RAI-MH s'étendent à la collectivité avec l’introduction du RAI-CMH à Terre-Neuve-et-Labrador au printemps dernier. En effet, comme ils sont complémentaires, les deux outils permettent l’échange de données cliniques à différents points de service.

« Cette complémentarité crée une communauté de pratique. Elle assure donc la continuité des objectifs et du plan de traitement des clients, soutient M. Coombs»

Dans la collectivité, les gestionnaires de cas ont désormais accès à des instruments d'évaluation normalisés. Quant aux cliniciens, ils peuvent maintenant élaborer un plan de traitement avec les clients en s'appuyant sur les échelles de résultats et les protocoles d'évaluation de la santé mentale intégrés à ces outils de base. M. Coombs d’ajouter que les outils font gagner beaucoup de temps aux cliniciens tout au long du continuum des soins. Ces derniers ont accès à toutes les données du client, peu importe la complexité du cas.

Une vue d’ensemble

M. Coombs est d’avis qu’en période de restrictions budgétaires, toute décision relative au financement doit être basée sur des données tangibles. « Pour y voir plus clair, il est indispensable de recueillir le plus grand nombre de données afin de mieux les normaliser. Ainsi, il sera plus facile de justifier des services, des améliorations, du personnel et de la formation supplémentaires entre autres », déclare-t-il.

En raison des nombreuses zones grises qui existent dans le domaine de la santé mentale, il peut s'avérer plus difficile de prouver les résultats et les changements. Or, selon M. Coombs,  les outils RAI fournissent des données comparables qui illustrent bien les progrès des patients. Ainsi, au lieu d’exprimer leur simple opinion, les intervenants en santé mentale peuvent se baser sur des données concrètes.

Pour M. Coombs, tout est possible. Les instruments RAI en santé mentale, avec leurs mesures des résultats, indicateurs de la qualité et protocoles d’évaluation intégrés, mettent en évidence les secteurs où une intervention est nécessaire pour des soins de qualité supérieure.

Si les instruments prennent tout leur sens pour le personnel sur le terrain, ils permettent aussi de recueillir des renseignements à l’échelle des programmes, des régions et des provinces... voire au-delà.

« À l’échelle nationale, ce genre d’instrument nous permettra de mieux communiquer », conclut M. Coombs.