Essor de la technologie axée sur les patients

Web, médias sociaux et mobilité : un bouillon technologique au service des patients de plus en plus branchés.

Rapport spécial — Conférence e-Health 2013

Les soins de santé d’aujourd’hui et demain faisaient partie des sujets abordés lors de la conférence e­Health 2013. Il n’y a pas à dire, l’avenir dans ce domaine s’annonce très intéressant. Une nouvelle vague de technologies en plein essor permettra aux patients de prendre leur propre santé en main.

Après l’annonce d’un investissement de 1,6 million de dollars en cybersanté, l’honorable Leona Aglukkaq, ministre de la Santé, a souligné « l’importance de tenir compte des patients » dans le cadre des projets d’innovation. Or, la technologie pourrait nous permettre d’aller beaucoup plus loin.

Entre les mains des patients… littéralement

Le Dr Joseph Cafazzo (anglais seulement), ingénieur biomédical, trouve la technologie des soins de santé inutilement compliquée. Son équipe du Centre for Global eHealth Innovation (anglais seulement) à Toronto travaille au développement d’applications qui permettront de faire tomber les barrières technologiques pour les patients.

L’une de ces applications mesure la tension artérielle et transfère les résultats vers un BlackBerry. Une étude a d’ailleurs fait état d’une amélioration drastique de la pression systolique et diastolique chez les utilisateurs. « Il s’agit d’une véritable autogestion par les patients », affirme le Dr Cafazzo.

L’application « bant » (anglais seulement) aide quant à elle les adolescents à gérer leur diabète de type 1. Cette application liée aux médias sociaux, qui permet de remporter des points et de se mesurer aux autres, compte plus de 10 000 utilisateurs quotidiens actifs. Les niveaux de glycémie, selon le Dr Cafazzo, se sont nettement améliorés chez les utilisateurs.

Le Centre a également mis au point « 30 Days », une application toute simple qui permet de mesurer le risque de crise cardiaque et d’AVC. L’application « Breathe »  (anglais seulement) s’adresse quant à elle aux patients asthmatiques. Le Dr Cafazzo est d’avis que tout ceci n’est que le début de l’autogestion par les patients.

Numérisation de l’être humain

Le Dr Eric Topol  (anglais seulement) a exposé sa vision de l’avenir dans sa présentation qui pouvait parfois être d’un avant-gardiste déroutant. Ce renommé cardiologue américain, spécialiste des technologies, affirme que notre façon de travailler est désuète et que nous devrions plutôt numériser les soins de santé quotidiens offerts au patient.

Il estime que chaque patient devrait pouvoir mesurer sa tension artérielle ou sa glycémie à l’aide d’un téléphone intelligent. (Apple vend déjà des périphériques pour diabétiques compatibles avec le iPhone.) Ainsi, une personne atteinte de diabète ou de prédiabète pourrait utiliser un capteur et obtenir la mesure de sa glycémie sur son téléphone, avant de décider si elle devrait ou non manger le muffin dont elle a envie. « Cette technologie influencera grandement notre style de vie », indique le Dr Topol.

Pourquoi ne pas effectuer une étude sur le sommeil à l’aide d’un téléphone intelligent et d’un capteur fixé au doigt? Ou effectuer votre propre cardiogramme transposé en un algorithme PDF illustrant votre rythme cardiaque? « Pensez à l’avenir : vous pourrez vérifier vos courriels, naviguer sur le Web et visualiser tous vos signes vitaux en temps réel. »

Le Dr Topol est d’avis que notre information génétique constitue l’un des vecteurs de la technologie. De plus en plus de gens demandent le séquençage de leur microbiome intestinal afin de déterminer leur risque de développer différents types de maladies. La génomique permettrait d’identifier les personnes susceptibles de répondre à tel ou tel médicament, éliminant du coup les ordonnances expérimentales et un important gaspillage d’argent. Cette science a déjà mené à la découverte de voies biologiques qui déclenchent le cancer, ce qui s’éloigne des courants de pensée associant le cancer à des organes précis.
 
Selon lui, une toute nouvelle perspective se dessine peu à peu. « Pourquoi consulter un dermatologue ou un optométriste ou même envoyer mon enfant chez le pédiatre quand il est facile d’obtenir un diagnostic au moyen d’applications téléphoniques? »

« La pratique de mon médecin est-elle désuète? Voilà une question qu’on ne se serait jamais posée avant l’avènement de cette technologie révolutionnaire. Qui s besoin des hôpitaux? Les personnes malades. Pourquoi y aller lorsqu’il est possible de surveiller sa santé dans le confort de son foyer? »
 
L’essor des médias sociaux et des autres possibilités d’échange entre patients

Le Dr Topol croit qu’une « démocratisation de la médecine » prend forme et que les consommateurs devraient entreprendre une révolution du patient. La phrase suivante, qui a suscité beaucoup d’attention lors de la conférence e-Health, résume bien sa vision axée sur le patient : « Rien sur moi sans moi. » 

Cette révolution comprendrait une approche collective des soins de santé, par l’entremise des médias sociaux et des échanges entre patients. Le médecin torontois Michael Evans (anglais seulement), à la tête d’une équipe de patients, chercheurs, cinéastes et spécialistes des médias sociaux, affirme que « les patients représentent la plus grande main-d’œuvre dans le domaine des soins de santé ».

Ce dernier cherche à obtenir l’engagement des patients, et non seulement à les sensibiliser. Son plus grand coup : une vidéo à petit budget intitulée « 23½ Hours » (anglais seulement), visionnée 3,5 millions de fois sur YouTube, dans laquelle il demande « quelle est la chose la plus importante que nous pouvons faire pour votre santé? » Son équipe a produit huit autres vidéos, chacune démontrant la portée et la puissance des médias sociaux. Cette initiative a donné naissance à une chaîne YouTube  (anglais seulement) « d’enseignement médical pour le public », qui cumule plus de 7 millions de visionnements. 

Selon le Dr Evans, il est question de soins de santé fondés sur l’échange. « Les récits personnels l’emportent sur les données. Les relations interpersonnelles l’emportent sur les récits. Les personnes l’emportent sur les organisations. »

Comme le dit le Dr Topol, « le temps est venu pour la médecine de procéder à un changement de garde. »

L’ICIS est fier d’avoir coorganisé la conférence e-Health du 26 au 29 mai 2013 à Ottawa.