Des regards pleins d’éclat

Des regards pleins d’éclat

Plus alertes et actifs. Une meilleure qualité de vie. Voilà quelques-uns des résultats positifs obtenus par des résidents d’établissements de soins de longue durée dans le cadre d’une initiative de l’Alberta visant l’utilisation appropriée des médicaments antipsychotiques.

La région sanitaire de Winnipeg, avec le concours de la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé (FCASS), a utilisé les données du RAI comme outil de mesure et d’évaluation afin de faire le suivi et de réduire l’utilisation des médicaments antipsychotiques dans les établissements de soins de longue durée. Aujourd’hui, l’Alberta fait la même utilisation des données du RAI dans le cadre de son projet provincial sur l’utilisation appropriée des antipsychotiques dans les établissements de soins de longue durée.

Dans les 2 projets, le résultat est le même : l’amélioration des soins aux patients et de la qualité de vie. Les médicaments antipsychotiques, qui étaient habituellement le traitement de première intention, deviennent graduellement le dernier recours pour les résidents souffrant de démence ou ayant des comportements difficiles à gérer pour le personnel et la famille.

Les indicateurs de la qualité utilisés dans les 2 projets sont dérivés de l’instrument d’évaluation des résidents (RAI-MDS 2.0), un ensemble de données cliniques normalisées appuyé par l’ICIS. Le RAI-MDS 2.0 permet de faire une évaluation exhaustive des soins aux résidents. Le personnel des établissements de soins de longue durée utilise l’outil d’évaluation pour documenter les examens des résidents. Il s’agit d’examens physiques (capacité à s’habiller et à se nourrir) et psychologiques (interaction avec les autres dans l’établissement), ainsi que de vérifications des fonctions cognitives et de la médication. Les résultats de ces évaluations alimentent aussi plus de 2 douzaines d’indicateurs de la qualité, notamment celui de l’utilisation des médicaments antipsychotiques.

Bon nombre des résidents des centres de soins infirmiers souffrent de démence et certains d’entre eux adoptent des comportements agressifs associés à leur maladie. Dans de nombreux cas, ces résidents se font prescrire des antipsychotiques pour contrôler leurs comportements inacceptables, même lorsqu’ils n’ont pas eu un diagnostic associé à la maladie mentale. Pour les résidents qui présentent un danger pour eux-mêmes ou pour les autres, les médicaments antipsychotiques peuvent constituer un volet important de leur plan de traitement à court terme. Cependant, beaucoup plus nombreux sont les résidents qui n’entrent pas dans cette catégorie et pour qui il est nécessaire de suivre une approche plus globale et axée sur la personne.

« En gros, cette approche axée sur le résident encourage les dispensateurs de soins à s’intéresser plus largement aux antécédents des résidents, tant leurs antécédents médicaux que personnels. Par exemple, en rassemblant des renseignements sur la vie professionnelle et familiale du résident, ainsi que sur d’autres aspects de leur vie, on arrive à mieux comprendre leur personnalité d’avant et d’aujourd’hui », explique Joe Puchniak, gestionnaire des relations avec les clients pour l’Alberta et ancien codirigeant du projet initial à Winnipeg. « Tout comportement a une signification. En regardant la situation dans son ensemble, les dispensateurs de soins peuvent arriver à expliquer les comportements des résidents et donc à répondre d’une façon plus adaptée aux besoins du résident. Une fois le problème à la source du comportement réglé, le comportement s’atténue. » Les dispensateurs de soins peuvent alors être créatifs et discuter d’approches autres que la prescription d’un médicament.

En Alberta, le programme qui avait commencé avec 11 sites regroupe maintenant 170 établissements et centres de soins infirmiers. Les avantages sont évidents. « Certaines personnes finissent leurs jours dans un centre de soins infirmiers — il est parfois difficile pour les familles de voir leur proche dans un état débilitant », remarque Puchniak. « Certains résidents souffrant de démence deviennent plus alertes lorsqu’ils arrêtent de prendre des antipsychotiques. Ensuite, il leur est possible d’avoir des interactions plus substantielles avec leur famille, les dispensateurs de soins et les autres résidents, et de jouir d’une meilleure qualité de vie. »

Le projet est devenu une stratégie prioritaire de l’Alberta en ce qui concerne l’amélioration de la qualité de vie des résidents d’établissements de soins de longue durée et la réduction des préjudices potentiellement associés à l’utilisation d’antipsychotiques sur de longues périodes. Même si des économies sont réalisées en diminuant l’utilisation des médicaments antipsychotiques, ce n’est pas la priorité du projet. « Il ne s’agit pas seulement d’une question d’argent », ajoute Dennis Cleaver, directeur général du Seniors Health Strategic Clinical Network affilié aux Services de santé de l’Alberta et coprésident du projet. « Nous recevons beaucoup de témoignages de membres de la famille et du personnel selon lesquels les résidents sont plus alertes, plus actifs — et que les problèmes de comportement ne sont pas réapparus. Les résidents sont plus nombreux à jouir d’une meilleure qualité de vie. »

Le projet doit son succès en grande partie à son approche inclusive, notamment le personnel de première ligne et les familles. Ses stratégies comprennent des examens réguliers de la médication réalisés par une équipe multidisciplinaire, une trousse de ressources diversifiées et des outils de formation en ligne. « De nombreux médecins participent au projet et collaborent avec les équipes de soins et les familles des résidents », explique le Dr Duncan Robertson, gériatre et directeur médical principal au Seniors Health Strategic Clinical Network.

Le Dr Robertson ajoute que les mises au point qui découlent des vérifications périodiques de la médication font toute la différence. Les évaluations régulières par des équipes multidisciplinaires et l’utilisation de traitements non pharmacologiques permettent d’arrêter progressivement les médicaments antipsychotiques pour les résidents qui n’en ont pas besoin ou chez qui les résultats ne sont pas concluants.

La section En bref de l’outil Web Votre système de santé géré par l’ICIS permet dorénavant de comparer les données des provinces sur de longues périodes. Les taux d’utilisation des médicaments antipsychotiques dans les établissements de soins de longue durée de l’Alberta (25 %) et de Winnipeg (23 %) ont chuté depuis le lancement de ces initiatives. Aujourd’hui, ces taux sont les plus faibles au Canada et largement en dessous de la moyenne nationale de 30 %.

Ce printemps, l’ICIS compte enrichir la section En détail de Votre système de santé en y ajoutant des indicateurs sur les antipsychotiques, avec un niveau de détail incluant les établissements — une première au Canada.

« Il s’agit vraiment d’utiliser un système d’évaluation déjà existant pour gérer au mieux les ressources. En examinant les données à l’échelle du pays, on arrive à voir les meilleures pratiques qui peuvent servir d’exemples aux autres », conclut Puchniak. « Étant donné le vieillissement de la population et la complexité accrue des besoins en matière de santé et de services sociaux des résidents en soins de longue durée, il est primordial d’optimiser l’utilisation de ce type de données afin de commencer à prévoir les besoins de ces populations. »