Des décisions qui changment une vie

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Des décisions qui changment une vie

En octobre, le rose, symbole bien connu de nos jours, est à l’honneur. Le Mois de la sensibilisation au cancer du sein prend tout son sens pour les survivantes de partout au Canada, comme Tracy Tarnowski, d’Embrun en Ontario, qui s’est battu contre un cancer du sein pendant deux ans. Laissez-nous vous présenter son histoire, ainsi que les résultats d’un rapport d’actualité sur les chirurgies du cancer du sein. Ce rapport met au premier plan les différences dans les choix de traitement chez les Canadiennes en fonction de la situation et du type de cancer du sein.

Dans le cadre du rapport, l’ICIS et le Partenariat canadien contre le cancer (le Partenariat) ont uni leur savoir-faire dans le but de contribuer à l’amélioration des soins contre le cancer. Le rapport examine les taux de mastectomies et de chirurgies conservatrices du sein (aussi appelées « tumorectomies »), les taux de réexcisions ainsi que les taux d'autres chirurgies et complications. Ce faisant, il a dévoilé de grandes variations dans les types de chirurgies du cancer du sein pratiquées d’un bout à l’autre du pays. Par exemple, les taux de mastectomies chez les femmes atteintes d’un cancer du sein unilatéral allaient de 26 % au Québec à 69 % à Terre-Neuve-et-Labrador.

Dans le cas de Tracy, chacune de ses décisions — chimiothérapie, mastectomie, radiation, hystérectomie et chirurgie reconstructive — a été dictée par sa grande détermination à combattre le cancer par tous les moyens possibles.

« Je voulais me débarrasser de ce cancer et tout faire pour diminuer les risques de rechute, affirme Tracy. Par exemple, je devais subir une mastectomie, mais par prévention, j’ai fait un pas de plus en choisissant une mastectomie bilatérale. »

Ses décisions audacieuses ont nécessité une volonté implacable et une extraordinaire force mentale. « À l’approche de chaque chirurgie, lorsque je me sentais tout simplement incapable d’en subir une autre, je me réconfortais en me disant que ce mauvais moment n’allait pas durer. »

Selon la Dre Elaine Wai, radio-oncologue à Victoria et professeure agrégée à la Faculté de médecine de l’Université de la Colombie-Britannique, le rapport soulève d’importantes questions encore sans réponse : Quels facteurs contribuent au vaste écart dans les taux de mastectomies? Qu’en est-il de la variation dans les taux de chirurgies d’un jour par rapport aux chirurgies avec hospitalisation? Pourquoi certaines provinces dispensent-elles des services différemment des autres? Quels plans de soins rendent la chirurgie d’un jour possible?

Au cours des deux dernières décennies, les soins contre le cancer du sein et les taux de survie se sont grandement améliorés. Dans les années 1980, des données cliniques ont révélé que les chances de survie des patientes étaient les mêmes après une tumorectomie et une radiothérapie qu’après une mastectomie. Les femmes ont alors réalisé qu’elles pouvaient vaincre le cancer sans avoir à sacrifier leurs seins. Néanmoins, le rapport présente de grandes variations dans les taux de mastectomies au Canada, une information qui pourrait aider les professionnels de la santé à déterminer s’ils dispensent les meilleurs soins possible à leurs patientes.

Le rapport a démontré que la région géographique contribue aux taux élevés de mastectomies : plus les déplacements sont longs, plus faibles sont les taux de tumorectomies (obligatoirement suivis d’une radiothérapie). Bien que la distance n’ait pas été problématique dans le cas de Tracy, qui devait conduire 45 minutes jusqu’au Centre de cancérologie d’Ottawa, elle n’a aucune difficulté à croire que les longs déplacements peuvent avoir une influence sur les décisions des femmes.

De son point de vue en première ligne, la Dre Wai a pu constater que les femmes qui vivent loin sont beaucoup moins susceptibles de choisir la radiothérapie, qui nécessite des séances cinq jours par semaine pour un maximum de six semaines. En réalité, le problème, selon elle, est davantage d’ordre financier, à savoir : les coûts d’hébergement et de transport, la perte de journées de travail, la nécessité de demander à d'autres personnes de s’occuper de la maison et peut-être même des membres plus âgés de la famille, ainsi que tout autre coût. « Ces dépenses reviennent habituellement aux patientes et font obstacle au traitement », indique la Dre Wai.

L’âge est également un facteur contributif. En effet, selon le rapport, les femmes de 50 à 69 ans affichent des taux de mastectomies moins élevés. L’âge a d’ailleurs joué un rôle déterminant dans l’approche agressive de Tracy face à son cancer.

« À seulement 40 ans, je me suis dit que j’avais encore de longues années devant moi », déclare-t-elle, avant d’ajouter qu’elle avait encore toute l’endurance physique nécessaire pour supporter le stress engendré par le traitement.

Tracy a franchi chaque étape de son cheminement de deux ans avec son mari, Michael.

« Nous avons pris toutes les décisions ensemble, en prenant toujours le temps de réfléchir à ce que nous dirions à nos enfants selon les circonstances », affirme Tracy. La famille et les amis l’ont grandement aidé à trouver la force de se battre.

Le rapport conjoint de l'ICIS et du Partenariat, basé sur une population dispersée dans un grand pays, met en lumière les soins dispensés chaque année à 22 000 femmes qui ont subi une chirurgie du cancer du sein.