Comment mettre sur pied un nouveau système de déclaration?

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Les bases de données ne sont habituellement pas développées de façon à permettre aux établissements de soins de santé d’analyser les données pancanadiennes en temps réel.

C’est pourtant ce que nous ont demandé les intervenants en ce qui a trait aux accidents et incidents médicamenteux. Nous avons donc conçu un outil adapté à leurs besoins.

Le Système national de déclaration des accidents et incidents (SNDAI) permet aux établissements de déclarer les accidents et incidents liés aux médicaments et aux solutions intraveineuses, allant des accidents évités de justesse à ceux qui causent un préjudice aux patients, notamment les erreurs concernant le médicament, la dose, le patient ou l’heure d’administration.

« La rétroaction a toujours été des plus positives », indique Paul Sajan, un des chefs de section responsables du projet. « Les parties concernées par la sécurité des patients ont été d’un grand soutien. »

L’idée d’un tel système a été lancée au cours d’un atelier tenu en 2000; plusieurs études internationales de référence avaient alors permis de mettre un chiffre sur les vies perdues et le coût lié aux événements indésirables qui surviennent en milieu hospitalier. Il en a émergé une volonté de comprendre le concept de sécurité des patients et d’en améliorer l’application au Canada.

Un manque important en matière d’information sur le sujet a été relevé. En 2002, un groupe national d’organismes de la santé a élaboré un plan d’activités pour la mise sur pied d’un système de déclaration et de prévention des accidents et incidents médicamenteux et nous a chargés de sa conception.

Par où commencer?

Avec le financement obtenu de Santé Canada et notre petite équipe de cinq personnes (plus la TI) en place, nous avons examiné ce qui a été accompli ailleurs. En 2004, nous avons regroupé 50 experts pour évaluer les besoins en information et déterminer les caractéristiques du système.

« Il est notamment ressorti de nos consultations que, dans le cadre de ce projet, si la confidentialité des personnes concernées n’était pas protégée, il serait difficile de recueillir des données, » indique Michael Hunt, directeur, Services d’information sur les produits pharmaceutiques et la main-d’œuvre de la santé à l’ICIS. « À cette époque, la culture générale entourant la déclaration des événements indésirables en était une de honte et de blâme, et il était donc important de privilégier l’anonymat. »

Les rapports annuels n’étaient pas une solution non plus. On voulait être en mesure de consulter les données sur les accidents et incidents dès leur soumission et profiter d’un environnement de libre accès permettant d’échanger et d’apprendre des autres en communiquant de façon anonyme.

 Briser le moule

« Dès le départ, il s’agissait d’un type de base de données très différent, affirme Paul Sajan. Nous sortions des sentiers battus et soulevions de nombreux défis et discussions au sein de l’ICIS. Avec un tel système, deux recherches lancées à deux heures d’intervalle produiraient des résultats différents. Les gens n’en revenaient pas. »

En 2008, un ensemble de données a été établi et revu, puis 18 hôpitaux dans l’ensemble du Canada ont participé à un projet pilote de cinq mois.

« C’était un acte de foi, admet M. Sajan. C’est en allant faire un essai sur le terrain qu’on voit si le système fonctionnera et s’il sera utile. La tâche des professionnels de la santé est déjà immense et cela venait s’y ajouter. S’ils n’avaient pas vu la valeur du système, ils ne l’auraient pas accepté. »

Un projet pilote réussi

Le plan prévoyait le retrait du système, une fois l’essai terminé, afin qu’il soit mis au point. Mais à la fin du projet pilote, tous les hôpitaux ont demandé à ce que le SNDAI demeure opérationnel, demande à laquelle l’équipe a accédé.

Le lancement officiel du système a eu lieu en avril 2010 et à ce jour, plus de 200 établissements y ont soumis 10 000 enregistrements.

Malgré le fait que la participation au SNDAI est volontaire, le ministère de la Santé de l’Ontario a exigé l’été dernier que ses 150 hôpitaux déclarent les accidents et incidents critiques.

Au Manitoba et en Saskatchewan, les régions sanitaires l’ont adopté. La mise à l’essai des soumissions débutera bientôt en Colombie‑Britannique, où un système provincial saisit les accidents et incidents soumis par tous les hôpitaux et les établissements de longue durée.

Une culture en évolution

Au fur et à mesure que s’installe une culture favorisant la sécurité des patients, les gens se regardent de plus près les méthodes qui ont toujours été employées. Le simple rangement inadéquat des produits sur une étagère est maintenant perçu comme un accident évité de justesse, puisqu’en situation d’urgence, il pourrait en découler une erreur de médicament. Pendant des années, les pharmaciens d’hôpitaux ont établi des prescriptions à partir de celles des médecins et ils réalisent aujourd’hui que cette action constitue également un accident évité de justesse.

« Nous constatons davantage d’activités dans le cadre du projet, car les gens revoient leur rôle, poursuit Paul Sajan. Le fait qu’un établissement déclare 800 incidents cette année par rapport à 500 l’an dernier ne signifie pas que l’organisme est moins sécuritaire ou que la qualité des soins qui y sont dispensés est moindre. C’est en fait probablement l’inverse. Il y a sans doute une meilleure culture en matière de sécurité et le personnel participe davantage à relever les problèmes et à trouver des solutions. »

D’un point de vue analytique, le SNDAI est également très différent.

« On ne peut en tirer des taux ou des indicateurs. Je ne peux vous dire combien d’accidents et incidents sont survenus au Canada l’an dernier, seulement combien ont été déclarés, et c’est en partie pourquoi cette base de données diffère vraiment des autres de l’ICIS », dit-il.

Collaborer avec les partenaires

Dans l’élan actuel d’amélioration de la sécurité des patients et de l’utilisation des médicaments, ce système ne fait pas cavalier seul. L’Institut pour l’utilisation sécuritaire des médicaments du Canada analyse les données sur les accidents et incidents médicamenteux provenant d’une multitude de sources, dont le SNDAI, afin d’émettre des avis et des recommandations.

Santé Canada utilisera les données du SNDAI à des fins de surveillance postcommercialisation et pour relever les médicaments dont le nom ou l’étiquette porte à confusion.

Enfin, l’Institut canadien pour la sécurité des patients utilisera des stratégies et des bulletins élaborés à partir des données du SNDAI à l’appui de la promotion de la cause à l’échelle nationale.

En développement

Bien que le SNDAI ait été élaboré avant tout pour les hôpitaux, certaines régions ont commencé à l’utiliser pour les soins de longue durée. À leur demande, nous avons mené un projet pilote, puis déterminé que le système fonctionnait bien; nous acceptons maintenant les soumissions des établissements de soins de longue durée.

À l’aide d’un sondage auprès des intervenants, nous pourrons décider du type d’incidents sur lequel orienter nos efforts. Entre autres possibilités, notons les erreurs chirurgicales, les instruments médicaux, l’onco-radiologie et les chutes des patients.

« Le SNDAI dépasse ce que nous avions d’abord envisagé, précise Paul Sajan. Au début, nous avions une vision, sans trop savoir si elle porterait fruit ou si elle serait bien reçue. Il très gratifiant d’en voir les résultats au niveau local et au‑delà. »