Le temps que la plupart des Canadiens passent au service d’urgence en attendant d’être admis à l’hôpital est en hausse selon de nouvelles données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

La durée du séjour au service d’urgence (SU) avant l’admission en 2016-2017 était de 11 % supérieure à celle de l’année précédente, et presque 17 % supérieure à celle observée 5 ans auparavant selon les données de l’ICIS, qui reposent sur plus de 11,2 millions de visites dans les SU du pays l’an dernier. Parmi les patients admis, 90 % des visites au SU ont duré au plus 32,6 heures, ce qui signifie qu’une personne sur 10 a attendu plus longtemps.

La plupart des personnes qui se rendent au SU n’ont pas besoin d’être hospitalisées. L’analyse de l’ensemble des visites au SU en 2016-2017 montre que 9 personnes sur 10 ont quitté le SU en 7,8 heures ou moins. Ainsi, 10 % des personnes y sont restées plus longtemps.

« L’admission dans un délai raisonnable de tous les patients du SU qui doivent passer la nuit à l’hôpital est source de difficultés depuis 10 ans. Selon nos observations, le temps d’attente s’allonge même pour certaines personnes au pays », explique Greg Webster, directeur, Services d’information sur les soins ambulatoires et de courte durée de l’ICIS.

« Les personnes âgées sont particulièrement touchées, et nous avons constaté des tendances au chapitre des temps d’attente pour les admissions en soirée et la fin de semaine. »

Les tendances mises en lumière dans les données de l’ICIS viennent confirmer les craintes soulevées par certains cliniciens qui travaillent dans les établissements de soins de santé du Canada.

« Les services d’urgence subissent des pressions de plus en plus fortes en raison de l’augmentation du nombre de visites — des patients âgés, admis et en général — de même que des pressions exercées sur la capacité qui entraînent des retards au chapitre de l’admission », constate le Dr Howard Ovens, médecin et stratège en chef du Sinai Health System à Toronto et responsable provincial de l’Ontario pour la médecine d’urgence. « Malgré tout, les services d’urgence parviennent assez bien à maintenir l’accès aux services et la capacité de traitement des patients. Cependant, les temps d’attente que doivent subir les personnes âgées et beaucoup de patients en soins médicaux pour un lit d’hospitalisation sont extrêmement préoccupants et font ressortir un problème de capacité qui perdure et empire dans l’ensemble du secteur des soins de courte durée au pays. »

Les nouvelles données sur les temps d’attente au SU au Canada peuvent être consultées dans les Statistiques éclair sur les visites au service d’urgence du Système national d’information sur les soins ambulatoires (SNISA) de l’ICIS et dans l’outil Web Votre système de santé, qui présente les résultats de certains indicateurs sur les services d’urgence à l’échelle des régions et des établissements. Voici quelques-unes des principales constatations de l’ICIS :

L’année dernière, la durée du séjour au service d’urgence a augmenté de 11 % pour la plupart des patients admis à l’hôpital au Canada.

Les patients admis sont restés longtemps au SU en 2016-2017. La durée du séjour a augmenté de façon significative, puisque 90 % des visites ont duré au plus 32,6 heures, contre 29,3 heures l’année précédente et 28,3 heures en 2012-2013. L’ensemble des provinces et territoires affichent une augmentation de la durée du séjour des patients admis par le SU.

« Les efforts ont été concentrés sur l’amélioration du cheminement du patient au sein de l’hôpital, et de nombreux établissements ont mis en place des mesures visant à réduire les temps d’attente au service d’urgence », affirme Kira Leeb, directrice, Performance du système de santé à l’ICIS.

« Ces initiatives ont donné des résultats, notamment au Manitoba. En faisant la lumière sur les éléments qui présentent les hausses les plus évidentes, soit les visites de personnes âgées et les visites en soirée, nous pouvons cibler encore davantage ces initiatives pour améliorer le cheminement des patients. »

L’année dernière, la durée du séjour au service d’urgence a augmenté de 16 % pour la plupart des patients âgés admis à l’hôpital au Canada.

Les Canadiens de 65 ans et plus ont attendu plus longtemps au SU l’an dernier par rapport à l’année précédente. La durée du séjour a augmenté de près de 5 heures, puisque 90 % des visites ont duré au plus 36,3 heures, contre 31,4 heures en 2015-2016.

« Il s’agit d’un problème réel, car nous savons que les personnes âgées ne s’en tirent pas bien dans les corridors des services d’urgence », observe le Dr Ovens.

« Elles sont sujettes au délire, au déconditionnement et à des complications plus importantes, et sont moins susceptibles d’être en état de retourner chez elles lorsque leurs besoins ne sont pas comblés à l’hôpital. Elles sont également vulnérables aux infections nosocomiales. »

Chez les patients admis âgés de 20 à 64 ans, la durée du séjour a augmenté de 3 heures, puisque 90 % des visites ont duré au plus 31,4 heures l’an dernier, contre 28,4 heures en 2015-2016.

Le nombre de visites au SU de patients de 80 ans et plus a grimpé de près de 3 % de 2015-2016 à 2016-2017; chez les patients de moins de 80 ans, cette hausse n’est que de 0,8 %.

L’année dernière, au Canada, il y avait une différence d’environ 10 heures dans la durée du séjour au service d’urgence avant l’admission pour les patients inscrits le jeudi (29,3 heures) par rapport au samedi (39,5 heures).

La durée du séjour au SU des patients admis qui se sont inscrits un samedi en 2016-2017 a bondi de 23 % par rapport à l’année précédente. Chez les patients inscrits un samedi, 90 % des visites au SU ont duré au plus 39,5 heures l’an dernier, contre 32,1 heures l’année précédente. La durée du séjour des patients inscrits un jeudi est passée de 27,4 heures à 29,3 heures, ce qui représente un bond de 7 %.

« Je pense que cet exemple illustre parfaitement en quoi des données relativement simples de l’ICIS peuvent être d’une très grande utilité pour les gestionnaires des systèmes de santé », fait remarquer M. Webster.

« Il est évidemment impossible de changer le fonctionnement des systèmes de santé du jour au lendemain pour que toutes les ressources travaillent jour et nuit, mais des améliorations notables peuvent sans doute être apportées aux modèles de dotation dans certains secteurs. »

L’année dernière, la durée du séjour au service d’urgence a augmenté de 43 % pour la plupart des patients admis à l’hôpital au Canada qui se sont inscrits entre 21 h et 22 h.

La durée du séjour au SU de 90 % des patients admis qui se sont inscrits entre 21 h et 22 h est passée de 26,7 heures en 2015-2016 à 38,1 heures l’an dernier. La situation n’est guère mieux pour les patients inscrits entre 20 h et 21 h, pour qui le temps d’attente est passé de 27 heures à 38 heures — un bond de 40,7 %.

Les temps d’attente pour les patients admis ont augmenté, peu importe l’heure de la journée.

La hausse la plus faible, soit 4,3 %, se situe de 9 h à 10 h. Le temps d’attente pendant cette période est passé de 30,4 heures il y a 2 ans à 31,7 heures l’an dernier.

« Il y a sans doute quelques exemples au Canada, mais d’autres pays ont porté une attention beaucoup plus grande à la couverture médicale, à l’accès aux services d’imagerie et à l’accès à la surveillance administrative du cheminement pour éliminer certains problèmes et tenter d’améliorer les soins et le cheminement des patients du matin au soir », explique le Dr Ovens. « Le Canada est, à mon sens, relativement en retard à ce chapitre. »

L’année dernière, la durée du séjour au service d’urgence a augmenté de 23 % pour la plupart des patients admis à l’hôpital au Canada pour des motifs liés à une pneumonie.

Un total de 34 515 visites au SU en raison d’une pneumonie ont été consignées l’an dernier, contre 33 921 il y a 2 ans. 9 séjours au SU sur 10 avant l’admission en raison d’une pneumonie ont duré au plus 40,7 heures, contre 33,2 heures il y a 2 ans.

« La pneumonie et la maladie pulmonaire obstructive chronique — ou MPOC — sont 2 des principales affections pour lesquelles un nombre élevé de patients admis affichent une hausse importante de la durée du séjour au SU. Dans le cas de la MPOC, cette hausse s’élève à 19,3 %. Ce sont des maladies susceptibles d’entraîner l’hospitalisation de personnes âgées, ce qui va dans le même sens que les résultats de nos autres indicateurs », constate M. Webster.

Ressources en vedette

Outil web sur les visites au service d'urgence

Cet outil englobent les volumes et les durées médianes du séjour pour les visites aux urgences selon le niveau de triage, l’issue de la visite, le groupe d’âge, le sexe et certains problèmes principaux.

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Tableaux de données sur les services d’urgence

Pour une analyse approfondie des chiffres et un examen des tendances, utilisez nos tableaux de Statistiques éclair 2016-2017 sur les services d’urgence provenant du SNISA.

Télécharger les tableaux de données (Excel)

Outil web Votre système de santé

Obtenez les résultats de 2016-2017 au niveau de l’établissement et de la région pour certains indicateurs sur les services d’urgence en utilisant l’outil Web Votre système de santé.

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