Le 19 septembre 2019 — Une nouvelle analyse de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) révèle qu’un nombre important de Canadiens de 10 à 24 ans sont hospitalisés en raison de l’utilisation préjudiciable de substances, soulignant les effets du cannabis, de l’alcool, des opioïdes et d’autres substances sur ces jeunes.

Dr Joanna Henderson

Joanna Henderson

Selon Joanna Henderson, directrice du Margaret and Wallace McCain Centre for Child, Youth & Family Mental Health, au Centre de toxicomanie et de santé mentale, le rapport révèle la nécessité d’améliorer les systèmes de santé, notamment en ce qui concerne les jeunes.

« D’une part, précise Mme Henderson, je m’inquiète pour les jeunes et leur relation avec les substances, surtout l’utilisation de substances qui leur sont préjudiciables et qui peuvent conduire à une hospitalisation.

« D’autre part, le rapport met en lumière des problèmes systémiques inquiétants sur le plan de la disponibilité des services connexes, adaptés pour les jeunes et faciles d’accès. »

Dr Charlotte Waddell

Dre Charlotte Waddell

L’analyse, fondée sur le nouvel indicateur de l’ICIS Séjours à l’hôpital en raison de méfaits causés par l’utilisation de substances diffusé en mai 2019, explore les tendances relatives aux séjours à l’hôpital chez les enfants et les jeunes, population jugée prioritaire par l’ICIS et les intervenants des provinces et territoires.

La Dre Charlotte Waddell, pédopsychiatre et professeure à l’Université Simon Fraser, est d’avis que les jeunes auraient moins besoin d’être hospitalisés s’ils avaient un meilleur soutien dans la collectivité.

« Plusieurs problèmes liés à l’utilisation de substances chez les jeunes pourraient être évités, précise-t-elle. Nous savons que des programmes communautaires de prévention seraient efficaces, mais nous savons aussi que ces programmes ne sont pas facilement accessibles. Les enfants ne devraient pas se retrouver à l’hôpital. »

Voici quelques constatations du rapport :

Un séjour à l’hôpital sur 20 chez les jeunes au Canada était attribuable aux méfaits causés par l’utilisation de substances en 2017-2018.

Pour chacun de ces séjours à l’hôpital, dans les provinces et territoires où toutes les données étaient disponibles, on dénombrait environ 5 visites au service d’urgence liées à l’utilisation de substances chez les jeunes; par ailleurs, 59 jeunes hospitalisés en raison de méfaits causés par l’utilisation de substances sont décédés à l’hôpital, toutes causes de décès confondues.

« En ce qui concerne les jeunes aux prises avec un problème d’utilisation préjudiciable de substances, les séjours à l’hôpital et les visites au service d’urgence ne représentent que la pointe de l’iceberg », ajoute Mme Henderson.

L’indicateur de l’ICIS Séjours à l’hôpital en raison de méfaits causés par l’utilisation de substances ne tient pas compte des visites dans un centre de traitement des dépendances, une clinique de soins primaires ou un service d’urgence, ni des surdoses mortelles dans la collectivité.

17 % Proportion de jeunes Canadiens hospitalisés plus d’une fois en raison de méfaits causés par l’utilisation de substances en 2017-2018.

Le manque d’accès aux services et au soutien appropriés dans la collectivité peut faire augmenter la fréquence des hospitalisations. Il est possible de réduire le taux de visites répétées à l’hôpital en améliorant la continuité des soins, notamment en offrant aux jeunes des services de suivi de base dans la collectivité juste après l’hospitalisation.

« Dès qu’un jeune est hospitalisé, ajoute la Dre Waddell, l’hôpital devrait réagir de façon rigoureuse en communiquant avec le milieu communautaire, l’équipe de soins et la famille, pour leur dire qu’il faut organiser la suite des choses. Les hospitalisations à répétition indiquent un manque flagrant de coordination entre le milieu hospitalier et la collectivité. Mais là encore, la solution à de tels problèmes réside essentiellement dans la prévention. »

Les substances les plus souvent associées aux hospitalisations chez les jeunes au Canada en 2017-2018 :  Cannabis 40 %, Alcool 26 %.

À titre comparatif, chez les personnes de 25 ans et plus, le cannabis était associé à seulement 11 % des séjours à l’hôpital en raison de méfaits causés par l’utilisation de substances, et l’alcool, à 58 % de ces séjours.

« Les méfaits de l’alcool sont importants chez les enfants et les jeunes depuis un bon moment. Ils ne sont toutefois pas aussi présents dans le discours populaire sur les méfaits causés par l’utilisation de substances que le cannabis, en partie depuis la légalisation récente. Nous devons absolument nous pencher sur ces deux causes, ainsi que sur les opiacés et les autres substances », précise Mme Henderson.

7 hospitalisations sur 10 en raison de méfaits causés par l’utilisation de substances chez les jeunes au Canada comprenaient des soins pour un problème de santé mentale concomitant en 2017-2018.

Le lien entre les problèmes de santé mentale non maîtrisés et l’automédication par la prise de substances est établi et documenté. L’utilisation de substances peut entraîner ou aggraver un problème de santé mentale.

La proportion d’hospitalisations en raison de méfaits causés par l’utilisation de substances comprenant aussi des soins pour un problème de santé mentale concomitant était près de 2 fois plus élevée chez les jeunes de 10 à 24 ans que chez les personnes de 25 ans et plus.

« Le lien n’est pas étonnant, ajoute Mme Henderson. Voilà qui indique, espérons-le, que les jeunes visés bénéficient du niveau de service le plus approprié. Par contre, ce lien démontre aussi que notre système doit opérer de façon plus intégrée pour prévenir les méfaits et intervenir plus tôt, au moment où les jeunes connaissent des problèmes de santé mentale. »