Alors que la crise des opioïdes perdure et continue de causer des décès, de nouvelles données de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) révèlent que la quantité d’opioïdes prescrits dans les ordonnances des Canadiens diminue, mais que le nombre d’ordonnances augmente.

Le nombre total de doses thérapeutiques quotidiennes (DTQ) d’opioïdes a chuté d’un peu moins de 5 % de 2012 à 2016 dans les provinces canadiennes, tandis que le nombre total d’ordonnances a connu une hausse de près de 7 %.

Les opioïdes — qui incluent des médicaments bien connus comme la codéine, l’oxycodone, la morphine et le fentanyl — sont utilisés pour soulager la douleur et sont très susceptibles d’entraîner une dépendance.

« Bien que ces indicateurs soient très généraux, une baisse de la quantité totale d’opioïdes prescrits accompagnée d’une hausse du nombre d’ordonnances correspond au genre de situation que nous souhaitons voir », soutient le Dr Robert Strang, médecin hygiéniste en chef de la Nouvelle-Écosse. 

« Les opioïdes devraient être prescrits pour traiter la douleur aiguë pour de courtes périodes seulement, et les ordonnances répétées permettent de réévaluer fréquemment les besoins du patient. »

Ces tendances sont observables dans la plupart des régions du Canada. La sensibilisation à la crise des opioïdes a accéléré le déclin. Le récent rapport de l’ICIS intitulé Préjudices liés aux opioïdes au Canada souligne les dangers potentiels de ces médicaments, qui sont démontrés par l’augmentation, à l’échelle nationale, des hospitalisations et des visites à l’urgence attribuables à une intoxication aux opioïdes.

Selon un récent rapport de l’Agence de la santé publique du Canada, plus de 2 800 décès au pays étaient liés aux opioïdes en 2016.

« Les données sur les décès par surdose doivent être étudiées, mais il ne s’agit que d’une pièce du casse-tête », affirme le Dr Strang. « Nous devons aussi examiner les données sur les opioïdes que l’ICIS nous fournit pour obtenir un portrait d’ensemble. »

« Les données sur les ordonnances, les hospitalisations et les visites à l’urgence donnent des signaux d’alarme dont nous devons tenir compte. »

Voici quelques faits saillants du rapport de l’ICIS sur la prescription d’opioïdes au Canada :

La quantité d’opioïdes délivrés au Canada a baissé de 4,9 % de 2012 à 2016.

De 2012 à 2016, le nombre total de DTQ d’opioïdes délivrés au Canada est passé de 238 millions à 226 millions. Ajusté en fonction de la croissance de la population, le taux par 1 000 habitants a baissé de 8,9 % durant cette période.

« La quantité totale d’opioïdes délivrés au Canada décroît, et c’est une bonne nouvelle. En revanche, le très grand nombre de personnes qui continuent de recevoir des ordonnances d’opioïdes demeure préoccupant », soutient Michael Gaucher, directeur des Services d’information sur les produits pharmaceutiques et la main-d’œuvre de la santé à l’ICIS.

Au Canada, le nombre d’ordonnances d’opioïdes a augmenté de 6,8 % de 2012 à 2016.

En 2016, 21,5 millions d’ordonnances d’opioïdes ont été exécutées au Canada, contre 20,2 millions en 2012.

« Il s’agit d’un nombre très élevé — beaucoup trop élevé depuis de nombreuses années », souligne Michael Gaucher. 

« Les opioïdes sont des médicaments très efficaces qui jouent un rôle important dans le traitement de la douleur pour de nombreux Canadiens, mais il faut soupeser les bienfaits et les risques avant de les prescrire. »

Après ajustement en fonction de la croissance de la population, il s’agit d’une augmentation d’un peu plus de 2 %.

La proportion d’ordonnances d’opioïdes puissants s’est accrue de 9,7 % au Canada de 2012 à 2016.

La proportion d’opioïdes puissants par rapport à tous les opioïdes prescrits est passée de 52,2 % en 2012 à 57,3 % en 2016.

Dans plus de 96 % des cas, l’un des 6 opioïdes suivants a été prescrit : l’hydromorphone, la morphine, le fentanyl, l’oxycodone, la codéine ou le tramadol. Les 4 premiers sont considérés comme des opioïdes puissants et sont habituellement prescrits pour soulager la douleur modérée à intense. 

« Idéalement, nous aimerions que le nombre d’ordonnances d’opioïdes puissants diminue », dit le Dr Strang. 

« Nous devons reconnaître que c’est une question d’équilibre. Nous essayons de réduire la prescription d’opioïdes en général, mais certaines personnes sont dépendantes aux opioïdes puissants depuis un bon moment. La situation ne changera pas du jour au lendemain. »

Au Canada, le nombre d’ordonnances de fentanyl a diminué de 7 % de 2012 à 2016.

Bien que l’attention ait été surtout centrée sur le fentanyl et les préjudices attribués à son usage, qu’il soit approprié ou non, celui-ci est beaucoup moins prescrit que d’autres opioïdes puissants. Depuis 2012, le nombre d’ordonnances d’opioïdes puissants autres que le fentanyl a augmenté de plus de 19 %, alors que le nombre d’ordonnances de fentanyl a diminué de près de 7 %.

« C’est très intéressant, et je crois que c’est à l’opposé des idées reçues sur le fentanyl », affirme Michael Gaucher. 

« Je pense que ces chiffres démontrent que le fentanyl que consommeraient les Canadiens provient peut-être davantage de sources illicites que d’ordonnances. »

Plus de 20 % des personnes âgées canadiennes ont reçu au moins une ordonnance d’opioïde en 2015-2016.

Au Canada, les personnes âgées représentent le groupe de population qui a reçu le plus d’ordonnances d’opioïdes de 2012 à 2016. Plus de 200 personnes âgées sur 1 000 ont reçu au moins une ordonnance d’opioïde en 2015-2016. Les données indiquent aussi qu’une personne âgée sur 8 à qui l’on a prescrit un opioïde a reçu une ordonnance d’opioïde puissant à usage chronique.  

« En plus des risques de décès, les opioïdes peuvent avoir beaucoup d’autres effets négatifs sur les personnes âgées », explique le Dr Strang. « Ces substances ont des conséquences négatives importantes sur la vie des gens. »

Les personnes âgées sont exposées à un risque accru de préjudices liés à l’utilisation des opioïdes pour plusieurs raisons, y compris les changements à l’absorption et à la métabolisation des médicaments attribuables au vieillissement et les changements cognitifs qui peuvent accroître le risque d’intoxication accidentelle.

En 2016, le Québec affichait un taux de doses thérapeutiques quotidiennes par 1 000 habitants de 3 601 — le plus bas au Canada.

Le taux de DTQ par 1 000 habitants était le plus bas en Colombie-Britannique et au Québec (respectivement 5 496 et 3 601), et le plus élevé en Alberta et à Terre-Neuve-et-Labrador (respectivement 7 955 et 7 878). La moyenne canadienne était de 6 110 DTQ par 1 000 habitants.

« Ce nouveau rapport indique à juste titre que nous devons examiner de plus près les pratiques de prescription d’opioïdes au Québec et essayer de déterminer pourquoi elles diffèrent autant de celles du reste du pays », soutient le Dr Strang. 

Après l’adoption de nouvelles lignes directrices en matière de prescription d’opioïdes en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse en 2015, les 2 provinces ont connu les plus fortes baisses de la quantité d’opioïdes dispensés; le taux de DTQ par 1 000 habitants a diminué de 11,7 % et de 6 %, respectivement, de 2015 à 2016.

« Les diminutions globales observées à l’échelle nationale dans la dernière année, particulièrement en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, indiquent que les changements aux politiques et la sensibilisation accrue aux dangers potentiels des opioïdes semblent porter leurs fruits », déclare Michael Gaucher.  

Rapport sur les opioïdes

Apprenez-en plus sur les pratiques de prescription d’opioïdes au Canada dans le rapport Tendances pancanadiennes en matière de prescription d’opioïdes, de 2012 à 2016.

Rapport sur les opioïdes

Apprenez-en plus sur les pratiques de prescription d’opioïdes au Canada dans le rapport Tendances pancanadiennes en matière de prescription d’opioïdes, de 2012 à 2016.

Consulter le rapport (PDF)

Tableaux de données sur les opioïdes

Pour une analyse approfondie des chiffres et un examen des tendances, utilisez le documentTendances pancanadiennes en matière de prescription d’opioïdes, de 2012 à 2016 — tableaux de données.

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